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Journaliste économique & politique

pour la presse écrite régionale et nationale

Je veux le meilleur pour mon enfant

Un enfant en bonne santé, pas battu et qu’un papa téméraire n’emmène pas faire du ski sur une piste fermée pour se prendre une avalanche sur le râble, est un sourire ambulant, un médicament sur pattes pour nous autres anciens enfants, l’innocence réincarnée. Un truc assez touchant et énervant en somme. Un enfant jouerait avec un fétu de paille et trois cailloux toute une journée et pleurerait de désespoir, à chaudes larmes encore, à l’idée de devoir s’en séparer à l’heure de reprendre la bagnole pour rentrer en ville. La nuit, il vole parfois le sommeil des parents, des dizaines d’heures perdues à jamais, et avec le sourire le lendemain au bureau. La femme d’un ami, qui a eu trois enfants coup sur coup, m’a dit ressentir une dette de plusieurs mois envers Morphée. Mais elle n’en voulait à personne, c’était dit sur le ton du constat clinique et s’il fallait le(s) refaire, elle le(s) referait. Je parle là des vrais chiares, avant six ou sept ans. Après, ils grandissent, se rapprochent de nous, c’est plus vraiment puis plus du tout les mouflets dodus et malléables et un beau jour, ils finissent par nous prendre sans dire merci l’argent que les impôts et la banque nous ont laissé. Remarquez, les enfants souffrent aussi, dans la guerre, la faim, les dénis de reconnaissance, la non-communication, les vides. On leur en fait aussi voir.

Ceux qui ont des mômes, ne savent pas vraiment pourquoi ils les aiment. Jeunes ou vieux parents, essayez donc de trouver cinq raisons pour lesquelles vous aimez vos enfants, pourquoi vous avez sacrifié des nuits, des soirées au bar et vos bouts d’économies pour eux, et vous verrez, c’est pas si facile à trouver. Ça doit venir du bout du monde, du fond du ventre, un instinct pour enjamber la mort et grignoter le siècle d’après par prolongement. Il faut être bien torturé pour oser questionner une évidence aussi biblique : on fait des gosses parce que c’est la vie, et puis voilà.

J’ai souvent entendu cette affirmation péremptoire : « Je veux le meilleur pour mon enfant. » Bien sûr, on ne leur souhaite pas de mal, aux mioches, il ne manquerait plus que ça. Mais elle me fait peur, cette phrase, parce qu’elle sonne triste comme une fin de soirée, on dirait une silhouette oppressante, carcérale, possessive, salement aimante. On transmet des valeurs, pour sûr, plus ou moins consciemment, ou des valeurs à l’envers si on rate un peu sa vie, mais au final, l’être né est jeté au monde, comme dit le poète. Nul ne nous appartient. Faut l’accepter. Ça n’empêche ni les gâteaux d’anniversaire, ni de s’intéresser aux devoirs. Et cette immodestie, chez certains, à croire que sa progéniture va exceller, à la brandir partout, comme un drapeau, comme un placement incantatoire dans la valeur avenir. Mais ta progéniture, je réponds dans mon for intérieur, elle finira tout d’abord où elle veut, et très probablement comme nous tous, dans le gros du peloton, à se battre contre les vagues salées et à s’oublier dans l’amour.

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hubert vialatte

Correspondant du quotidien national Les Echos et de l’Agence France Presse.

Rédacteur en chef de La Lettre M (www.lalettrem.fr), média économique diffusé sur abonnement dans la grande région Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées (de Toulouse à Montpellier). Développement du titre, management de 7 journalistes, relations suivies avec les services commerciaux, abonnement, promotion, diffusion et marketing.


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