Bruxelles dans les choux

De quoi faire rêver les investisseurs étrangers. Pour la première fois, la France se réveille ce matin avec un parti d’extrême-droite en tête d’un scrutin à l’échelle du pays. Largement, en plus. A l’issue de ce vote européen à un tour, le PS et l’UMP ont été littéralement pulvérisés, dans une élection qui a mobilisé certes peu, mais plus qu’en 2009. A trop désigner Bruxelles comme bouc-émissaire, voilà le résultat. Bienvenue en tripartisme. La présidentielle de 2017 sera une lutte à mort entre le PS, l’UMP et le FN. Celui des trois qui ne sera pas en finale, ne s’en relèvera pas.

Le carton orange adressé hier est clair, et ses explications hétéroclites : inquiétude face au chômage et à la mondialisation, épuisement des peuples après six années de crise économique profonde, exaspération face à une classe politique coupée du réel, illisible et plutôt couarde, absence de leadership dans les partis traditionnels, perte de repères, gosses mal élevés (ceux des autres, bien sûr), tragicomédie de Léonarda, déliquescence du pacte républicain – des deux côtés : montée du communautarisme islamique, banalisation de la parole raciste -. Avec tout ça, je reprendrai bien un peu de protectionnisme, patron.

La France, grand corps malade arrogant, 2ème puissance de l’Europe, laisse pantois ses voisins par la brutalité de son vote. Certes, elle n’est pas isolée – Ukip en Grande-Bretagne, N-VA en Belgique, entre autres. Certes, le peuple est souverain. Certes, il avait déjà envoyé un sérieux avertissement, en rejetant massivement, en 2005, le traité établissant une Constitution pour l’Europe.

On se demande jusqu’où montera le FN, qui parle bien et fort, mais ne propose pas grand chose. Il n’est pas encore en responsabilité, ou si peu (Béziers, Hénin Beaumont, 13ème arrondissement de Marseille..). La position idéale du tireur aux aguets. On se demande aussi comment notre président casqué va engager les réformes tant attendues (Etat, collectivités locales, droit du travail,…), avec une telle impopularité. D’autant plus que la cartouche du remaniement est cramée. En première ligne, sans munition.

Mal construite sûrement, mal expliquée aussi, agaçante en diable (les quotas de pêche, le calibrage des fruits…), ayant grandi trop vite, l’Europe reste un modèle de civilisation : prééminence de l’Etat de droit et du régime démocratique, lutte contre la corruption, respect des différences religieuses, indépendance de la justice, investissements dans la santé, l’éducation, les infrastructures… Tout le monde n’a pas cette chance. Combien d’eurosceptiques, en vacances cet été en Thaïlande, soutiendront par leur choix de vacances une sombre junte militaire, désormais aux manettes ? Mais rassurons-nous. Les électeurs frontistes seront les premiers à encourager les Blacks et les Arabes de l’équipe de France pendant la Coupe du monde au Brésil. Le génie français, version 2014.

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