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Poésie des gares

Coups de gueule, poil à gratter...

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Poésie des gares

Les gares sont le lieu où l’on s’embrasse le plus, dit la communication de la SNCF. Je ne sais pas d’où sort une telle statistique, et si la comparaison a été établie avec les night-clubs et les galas étudiants, mais il faut dire que ça se bécote sec sur les quais gris, de 6 heures du matin à minuit. Il y aurait de quoi pondre un roman photo : l’amour de vacances dont les vacances s’achèvent, le beau militaire sifflé par le drapeau au grand dam de sa dame, l’étudiante pétulante préférant (comme elle a raison) un premier stage, ailleurs, à son premier amour d’ici, le cadre pressuré brinquebalé de réunions en réunions, portant dans ses bras sa petite fille venue lui chuchoter à l’oreille ‘à très bientôt tu travailles trop papa bisous’, le libéral indépendant avec sa brune glamour, un brin blasé, adepte du « take the money and run » – prendre le pognon, et s’enfuir vite et loin. Ou encore, le couple d’un seul week-end, dont l’étreinte signifie plus l’adieu des corps qu’un futur rendez-vous.

Cathédrales modernes que les gares, dont les cantiques à la voix suave transforment la plus quelconque des villes moyennes en lieu exotique – me concernant, en ce lundi matin encore plongé dans la nuit noire de janvier : Villeneuve-lès-Maguelone, Narbonne, Lézignan-Corbières, Castelnaudary… Et le contrôleur pur jus de marteler dans un micro nasillard « Cêta, ici Cêta »*, comme ça, subitement, histoire de réveiller les voyageurs engourdis. Ca ne vaut pas les New-York ou New-Delhi de Roissy, entends-je de là glousser mes lecteurs long courrier.

Gares de 2015, entre tarifs en hausse, marre des retards, odeurs de pisse, mecs louches, boutiques chics ou cheap, crissements des freins, escalators en panne, épiceries pourries (mais ouvertes) alentours, et, toujours selon la communication de la SNCF, pôles d’échanges multimodaux – traduisez : il y a un parking à côté.

Gares de 2015, dont les principales sont dotées d’une connexion wi-fi. On ne peut pas en dire autant de tous les bâtiments et espaces publics. Sublimées de pianos ouverts à tous, dans le cadre de l’opération « A vous de jouer ». Des mains d’or anonymes gratifient les voyageurs d’airs classiques, jazzy, pop… Aucun instrument dégradé à ce jour par un alcoolique désoeuvré ou un djihadiste intégriste : il y a de l’espoir.

Partir, c’est mourir un peu, disait le chanteur. C’est renaître beaucoup, aussi. Au final, peu importe la destination.

* Sète, en phonétique sétoise.

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