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Fonction > personne

Coups de gueule, poil à gratter...

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Fonction > personne

Guerre des ego, ultra-personnalisation, image triomphante, culte du chef-centre. Si les experts RH et nos meilleures écoles de commerce en appellent au management bienveillant, team building et autre pratique disruptive, la réalité de terrain, dans les officines politiques, les PME, et les grands groupes, est violemment différente. C’est la signature d’une époque : l’absence récurrente de distinction, pour celles et ceux qui occupent un poste à responsabilité, entre le personnage et la fonction. Et ce, à tous les niveaux, du chef de rayon de l’hypermarché au plus haut sommet de l’État.

En ce sens, je suis de l’ancienne école. Complètement à rebours. À un décideur qui me faisait remarquer gentiment, en avril à l’occasion de l’inauguration de nos bureaux, que mon nouveau poste me propulserait sur le devant (relatif) de la scène, j’ai répondu sans trop réfléchir : « Vous savez, ce n’est pas à moi que les gens s’adressent, mais au rédacteur en chef. À la minute où je quitterai cette fonction et la région, je n’existerai plus à leurs yeux. Et c’est tout à fait logique : je suis dépositaire d’une fonction qui existait avant moi, et existera après moi. Elle ne m’appartient pas. » Mon interlocuteur, qui ne s’attendait visiblement pas à ce profil de réponse, m’a demandé si je prendrai un verre de rouge ou de blanc. Le rédacteur en chef momentané a choisi un Perrier.

J’ai toujours pensé qu’user de son titre en société était un aveu de faiblesse, doublé d’une erreur stratégique. Car les résultats parlent d’eux-mêmes. En outre, le respect des autres ne s’achète pas avec une carte de visite. Et il faut savoir manier le repli stratégique pour susciter l’intérêt. Ce n’est pas la peine d’en rajouter, comme disait la pub des années 80 – encore l’ancienne école.

Il faut être lucide sur sa condition. Pas de films. Un manager sert les intérêts d’une entreprise, tout en défendant ses équipes. Son job ne consiste pas à s’exposer seul sous les projecteurs. À une autre échelle, un(e) élu(e) endosse un costume pour exercer un mandat que lui a confié un peuple – la gouvernance d’une ville, d’une région, d’un pays. Il(elle) doit – devrait – se mettre au service de celui-ci, et laisser sa personne en retrait. Nul n’est plus fort que la fonction qu’il incarne. Toujours l’ancienne école, peuplée de gros mots – « lente », « besogneuse », « respectueuse ».

Problème collectif : on est programmés pour combattre, conquérir et gravir, mais pas du tout préparés à gérer la prise d’altitude. Alors, chacun s’en sort comme il peut, avec son lot de courage, sa qualité d’analyse, sa dose de sagesse, son endurance mentale et physique, son brin d’empathie, son intuition, son savoir-faire, son savoir-être, son sens de la délégation, son écoute, sa poigne, sa ténacité obsessionnelle, son réseau, sa culture client, sa créativité. Vous l’avez compris, c’est une expérience fabuleuse. Au service de la fonction, bien sûr.

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2 réponses à Fonction > personne

  1. c dampierre dit :

    Je partage la vision d’humilité qui doit (devrait) nous habiter. On dit aussi que l’homme (ou la femme) fait la fonction.
    Nulle fonction même avec un profil de poste rigoureusement établi qui ne soit recomposée par son dépositaire.
    Ca rassure sur le fait que l’homo profesionnhabilis (ou la femme) n’est pas que prisonnier(e) de la fonction (des fonctions)qu’il sert.
    bonne semaine Monsieur Hubert Vialatte, journaliste, rédacteur.
    cd dgs de la fonction publique

  2. Couderc Raymond dit :

    Être chef,c’est révéler chez chacun les talents dont il est porteur,et mobiliser le potentiel de créativité et d’énergie.

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