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Cour toujours

Coups de gueule, poil à gratter...

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Cour toujours

C’est un classique du genre, probablement hérité de notre monarchie. Le phénomène de cour. Surtout, être du côté des gagnants, quels que soient leurs valeurs, vertus et pedigree. A croire que les parents l’enseignent à leur progéniture dès les couches. Le phénomène de cour est pourtant tout sauf une école de l’excellence. Il ne permet pas de porter le potentiel de chacun à son optimum, parce qu’il pose un cadre oppressant. Il empêche le courtisan de se réaliser en tant que sujet, de s’inventer un avenir. Il ruine ses propres projets, à cause d’une lumière aveuglante, et non éclairante. Impossible, dès lors, de devenir soi-même, dans le respect des autres et des règles.

Par goût du contrepied, et sûrement parce que l’envie d’en découdre est chez moi plus forte que l’attrait pour les compositions florales, j’ai toujours combattu les compromis. Allant même jusqu’à attaquer en justice un grand titre de presse, parce que l’un de ses plumitifs avaient plagié assez lamentablement un de mes articles. L’affaire est tout de même allée jusqu’en Cassation. Cinq ans après, elle fait le bonheur de mon avocate, qui m’en reparle à chaque fois que je la vois (c’est-à-dire, à chaque fois). N’empêche qu’en agissant ainsi, on prend des risques. Etre blacklisté par un grand compte dans un secteur où il n’y a déjà pas de boulot, c’est ballot.

Cette attitude de sauvage m’a valu, un jour, un tacle sympa d’un proche, qui n’en rate pas une : « tu aimes les loosers ». Remarque intéressante. Qu’entend-on par looser, au juste ? Quelqu’un qui est en situation d’échec social, à un instant T. A la fin de leur vie, Van Gogh, Baudelaire et Rimbaud étaient des loosers. Et pourtant, le XXème siècle poétique, artistique et littéraire les a tant aimés. Je doute que mes nombreux amis loosers soient des Verlaine en puissance, mais laissons-leur le bénéfice du doute. Et puis, on peut certes avoir des difficultés, mais respecter les fondamentaux : être là pour ses enfants, les veiller la nuit quand ils sont souffrants, penser aux autres, et mourir en paix.

D’un point de vue business, un perdant a l’histoire de ses échecs. Pourquoi l’isoler et l’enfoncer davantage ? Le directeur d’un réseau de pépinières d’entreprises innovantes me l’a souligné récemment : aux Etats-Unis, les chefs d’entreprises qui ont échoué sont valorisés socialement, car on considère qu’ils ont des expériences de lutte, de vie et de larmes à transmettre.

Les médias ne sont pas exempts de tout reproche en matière de cour. Ils encensent truc qui a le vent en poupe, puis l’enfoncent dès que la situation se retourne. Sarko 2007/2012. Hollande 2012/2014. Lisez L’Equipe jusqu’à fin juin : l’équipe de France va y être glorifiée, sans une once d’esprit critique, avant le premier match, et elle sera ensuite massacrée sans davantage de mesure si elle prend le Rio/Paris trop tôt.

Il y a une erreur fondamentale dans cette approche des hommes de pouvoir. Lassés par tant de courtisan(e)s, rien ne leur est plus agréable que d’être bousculés. Rentrez-leur dans la gueule ! Si vos arguments sont étayés, et vos mots choisis, c’est vous qu’ils respecteront le plus.

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3 réponses à Cour toujours

  1. Flopy34 dit :

    Tu les critiques bien ces loosers aussi…

  2. guillemette dit :

    Le dernier paragraphe me fait penser à un certain GF. Il respectait plus ceux qui osaient lui tenir tête que ses (très) nombreux courtisans.

  3. Jean-Paul dit :

    Mon cher Hubert, celui-là je l’aime vraiment et pour le contenu et pour le ton. Ah ces gens de cour! Le plus fort c’est qu’ils se croient heureux. Le modèle américain n’est peut-être pas si idyllique en ce qui concerne ceux qui échouent mais l’exemple prend valeur. Qu’est-ce qui bouscule? Les idées, celles qui transgressent le réel et fondent ce que l’on nommera l’Utopie
    Bonne journée, ni calme ni passive
    amitiés Hubert

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