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Ce en quoi je crois

Coups de gueule, poil à gratter...

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Ce en quoi je crois

Je ne vais pas écrire une liste à la Prévert de ce en quoi je crois. Parce qu’un 17 décembre, ça n’intéresse pas grand-monde, et parce que, les années passant, les croyances vaines ont cédé leur place à des convictions plus modestes, mais plus réalistes.

Je crois en l’initiative individuelle, tout autant qu’en l’intérêt général. Exemple très proche de moi, et touchant à l’intime. Je serais par exemple d’accord pour céder, à terme, la grande maison familiale, nichée dans un joli coin de France mais trop souvent inoccupée, à la commune. À la condition que l’usage fût d’utilité publique – une école, un centre médical, des espaces pour artistes ou entreprises, une unité de formation, que sais-je encore -, et que le lieu portât le prénom et le nom de ma grand-mère, elle qui grandit dans ce village, aima tant ce lieu et y repose. Ce projet avec une sacrée gueule ne se concrétisera pas, car il ne recevra pas l’aval collectif requis, et je peux le comprendre. Peu importe : il a de la gueule. Et y penser le fait exister, un petit peu.

Je crois aux actions, qui classent les gens, plutôt qu’aux paroles, juste là pour donner le change. Valeurs de gauche, de droite ou du nouveau monde, on s’en tamponne. Au final, regardez, dans un groupe d’amis, qui paye le plus souvent sa tournée, pense aux anniversaires des autres, fait preuve de bienveillance. Ce sont là les meilleurs des marqueurs.

Je crois au panache dans l’absurde du quotidien. Un gars, un jour, à la terrasse d’un café, à Marseille, a demandé au serveur d’apporter une bouteille de champagne rosé à deux femmes élégantes, assises à deux tables de lui, et qu’il ne connaissait pas. Peu de temps après, il régla l’addition discrètement, avant de disparaître. Un client, qui avait suivi la scène, l’interpella, avec une sobriété toute méridionale (il faut s’imaginer la scène) : « Oh, pourquoi tu leur offres la bouteille, aux gadji, puisque tu désertes ?
– Elles sont belles. Ça me fait plaisir. C’est tout, minot. Tu peux pas comprendre. »

Professionnellement, je crois en l’avenir de la presse écrite. Print, digitale, les deux, peu importe (ces débats appartiennent déjà au passé). À l’heure des fake news, véritables usines à manipulations et approximations, de l’infobésité (info et obésité : le flot ininterrompu des messages), et de la langue de bois triomphante, s’informer est devenu un sport de combat. Dans ce contexte, une information recoupée, sourcée, hiérarchisée, décryptée, fiable, mise en perspective, apporte une valeur ajoutée inestimable. Ce qui passe par une pratique aiguisée du métier. Pétrie d’instinct, d’affectif et de passion. En quatre ans, j’ai réalisé des dizaines de pitchs (présentation) de La Lettre M. Le texte a toujours évolué, au gré de nos évolutions, de mes doutes, des attentes du marché. Et, en interview, il faut donner envie aux gens de se confier à vous, et pas aux autres. En les regardant dans les yeux, en montrant – mais pas trop – son niveau de connaissance des dossiers, en buvant leur parole.

Je crois dans la résilience et les cicatrices. Les gens lisses, à qui tout réussit comme dans un film, me fatiguent. Un peu de difficultés et de larmes, que diable. « Tu es hargneux », m’avait dit, il y a 25 ans, un ami resté cher. Il avait bien raison – les vrais amis ne se trompent jamais. On peut atténuer, arrondir, infléchir, les aspérités de nos êtres, à force de se prendre des baffes par les femmes, les potes, les clients ou les lecteurs, mais nous ne les changeons jamais totalement, ces foutues aspérités.

Je crois dans la coopétition (coopération et compétition). Ce week-end, le directeur général d’un grand groupe de services à l’industrie a demandé, dans un mail groupé ciblant trois journalistes, dont moi-même, l’heure qui nous conviendrait pour un rendez-vous ce lundi. Nous avons échangé, entre confrères-concurrents, en toute fluidité, avec réactivité et respect mutuel, pour caler l’horaire le mieux adapté. Nous sommes concurrents ? On s’en fout, on veut l’info. Nous sommes samedi ? On s’en fout, il faut avancer, et tout de suite.

Je crois que la performance au travail vient de la répétition, presque obsessionnelle. Et qu’il s’agit là d’une constante immuable. « L’excellence est un art que l’on n’atteint que par l’exercice constant. Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. L’excellence n’est donc pas une action mais une habitude. » (Aristote).

Je crois, enfin et bien sûr, en la famille. La période de trêve qui s’ouvre lui est consacrée. Alors, de belles fêtes à vous tous, et rendez-vous en 2019 !

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3 réponses à Ce en quoi je crois

  1. BRUNO Roland dit :

    Merci Hubert pour ce billet qui dès le matin me remplit de joie et de dynamisme. Cela fait plusieurs années, grâce à ma copine Chantal Lagrange que je me régale de tes billets.
    Je compte venir courant janvier à Montpellier et serai vraiment heureux de te rencontrer

  2. Marie catherine Guillen dit :

    Tes écrits, toujours une bouffée d’oxygène qui active nos neurones…
    Merci et de très belles à toi et RDV en 2019.

    Marie-Catherine GUILLEN

  3. carine dit :

    Merci pour ce joli alignement.

    Très belle journée,

    Carine

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