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Air urbain

Coups de gueule, poil à gratter...

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Air urbain

« J’habite en centre-ville. » Jadis, cette phrase marquait une puissance sociale, un signe extérieur de richesse. C’est bien moins vrai aujourd’hui. Bon nombre de centres urbains de villes moyennes sont en voie de paupérisation, entre logements insalubres aux mains de marchands de sommeil, insécurité, pollution, vacance commerciale, fuite des habitants vers les banlieues ou les villages, convertis au modèle de la zone dortoir-habitat individuel-voiture individuelle-centre commercial-parking. Nul jugement : pur constat.

Pourtant, les centres villes sont, ou ont été, les âmes des villes. Historiquement, bien sûr. Leurs rues regorgent de trésors cachés, entre façades haussmanniennes, placettes secrètes et hôtels particuliers. D’un point de vue architectural, aussi. Les urbanistes contemporains martèlent la nécessité de densifier l’habitat pour limiter la consommation de foncier, et préserver les espaces naturels et les terres agricoles. Nous n’avons rien inventé : les centres séculaires sont bien plus denses que les nouveaux quartiers.

A moins d’un an des élections municipales, au sortir du mouvement des Gilets Jaunes (qui est aussi une crise de l’aménagement du territoire), les assises nationales de l’association Centre-Ville en Mouvement, qui se tiennent cette semaine (2-4 juillet) au Palais Beaumont à Pau, ont une saveur particulière. Un premier bilan du plan gouvernemental Action Cœur de Ville (222 villes concernées) sera dressé par l’Anah (agence national de l’habitat), la Banque des Territoires et Action Logement. Des gros sous, certes, mais, aussi, la mise en place d’outils juridiques et un travail d’ingénierie au service des élus. Il est moins rentable de réhabiliter un vieil édifice délabré, pour y aménager cinq ou dix logements, que de bâtir 200 logements en extension urbaine. Mais la reconquête des villes passe par ce type de couture urbaine, et les maires restent les artificiers en la matière. La Ville de Dieppe illustrera sa stratégie foncière, avec l’implantation, dans le secteur de la gare, d’un multiplexe dans une ancienne manufacture de tabac, revendu à moindre coût à l’exploitant, et d’un centre océanographique, sur une friche ferroviaire porté par l’établissement public foncier de Normandie.

Action Cœur de ville, aussi, en matière de logistique urbaine, avec l’épineux problème de la livraison de marchandises. L’explosion des colis, liée au développement du e-commerce, amène les élus à se pencher (enfin) sur le sujet. Certes, les marchandises ne votent pas, mais le manque d’anticipation et de planification génère un inconfort – pollution, embouteillages… – pour des gens qui, eux, votent. Michael Browne, 25 ans d’Université de Westminster (Londres) au compteur, spécialiste des transports urbains, détaillera la façon dont Transport of London a aménagé des schémas logistiques innovants pour, par exemple, les matériaux de construction. « Dès 2000, la mairie de Londres a intégré la logistique urbaine dans ses documents d’urbanisme. Le maire de l’époque n’avait pas de connaissance fine du secteur, mais il sentait que ce serait un enjeu crucial pour l’attractivité de sa métropole », explique-t-il. L’éternel pragmatisme anglais, qui prouve, définitivement, que l’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne.

Les ateliers seront conclus par un thème délicieusement français, à savoir les halles gourmandes comme nouveaux lieux plébiscités par nos concitoyens. Il en pousse un peu partout dans ces fameux centres villes. Circuits courts, authenticité et traçabilité des produits, valorisation des filières françaises, animations nocturnes, consommation conviviale sur place, brunchs le dimanche matin en famille, possibilité de réserver en ligne ou d’être livré à domicile… Les collectivités font feu de tout bois, avec des millions d’euros d’investissement à la clé pour réhabiliter des locaux vétustes. Pas toujours d’accord, au demeurant, sur le mode de gestion des équipements, entre régie ou délégation à un opérateur privé. Les halles, parfois chères, uniquement pour les bobos ? Peu importe : plusieurs maires et élus du Sud-Ouest (Tarbes, Dax, Pau, Mont-de-Marsan) nous parleront (entre autres) foie gras, confits et canards. On peut parler de choses très sérieuses en n’oubliant pas l’essentiel !

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Une réponse à Air urbain

  1. Volle dit :

    Envie Et plaisir au cœur des problématiques urbaines et du réaménagement des centres villes. Une façon élégante de sortir du tout fric et rente. Belle écriture Hubert! Amicalement

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