Trop triste

France rime avec tolérance. Les gays et les lesbiennes vont pouvoir divorcer comme tout le monde, la viande hallal prend le pas sur la barbaque gauloise dans les GMS et on serait presque soulagés de savoir ses enfants, devenus ados, en rester aux joints.
Et pourtant, la France est triste comme égoïste, individualiste, matérialiste. De plus en plus. Et davantage que des pays bien moins riches, bien moins beaux, bien moins libres. Faut voir la tronche des serveurs au bistrot : on les emmerderait presque. Le métro est une gueule d’enterrement souterrain. Quand vous entrez dans un commerce, la fausse blonde (pardon, la vendeuse), scrute de haut en bas votre accoutrement pour en évaluer le prix, et en déduire la profondeur du portefeuille que vous incarnez. Les terrains de foot et les pistes d’athlétisme sont fermés à double tour, et agonisent derrière des grilles récemment repeintes aux couleurs locales. Les services municipaux anticipent le pire : les gosses du quartier pourraient avoir envie de s’amuser.

Dans les lotissements, c’est la course au mur le plus haut et le plus moche. C’est que je veux préparer mon barbecue et passer ma tondeuse tranquille, moi. Par vagues moutonnières, ça fait les soldes, ça part au ski et ça offre le dernier Samsung à son gosse de 6 ans, en pleurant sur le manque de sous. L’autodérision, l’humour et l’authenticité, trois vrais indicateurs de civilisation, se conjuguent à l’imparfait. Dans une crispation générale, on n’admettra jamais ses torts et ses erreurs, tout raides dans son corset de certitudes. Vitrifiés dans un seul et même vernis social, commercial, banal. Il faut jouer des coudes, même pour trois fifrelins*.

Quelle divinité implorer, quelles icônes brûler ? Ce naufrage d’âme vient-il du tout-écran, invasif jusqu’au lit ? Coupable trop idéal. La planète est sur une autre planète, voilà tout. Du 1er janvier au 31 décembre, on nous dissuade de fumer, de boire, de manger gras, de rouler vite, tout en laissant Redbull, Mac Do, KFC, Marlboro, BMW, Audi, Smirnoff, Clan Campbell, Heineken…, inonder le marché, sans aucune forme de modération. Faudrait savoir. La seule riposte : dire non à l’inacceptable, transmettre cette compétence en or aux plus jeunes. Et sourire pour que ça sourie, comme une prophétie auto-réalisatrice. « Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup. Il enrichit ceux qui le reçoivent, sans appauvrir ceux qui le donnent (…) »** C’est pas moi qui le dit, c’est le texte imprimé sur du papier jauni, trônant en bonne place dans le vestibule de votre belle-mère.

* Made in Renaud (le chanteur, pas la voiture), ‘Mimi l’ennui’.
** www.gilray.ca/un_sourire.html

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