Nuit de quoi ?

Quand on collectionne les casquettes professionnelles (onglet « qui », là, à droite), que l’on pilote via une autoentreprise des prestations de formation et d’animation, et que l’on a donc un ego surdimensionné âpre au gain, un mouvement participatif du type Nuit Debout peut prêter à rire.

A priori, d’ailleurs, j’ai ri. En déboulant sur la place du Capitole à Toulouse, mardi dernier en soirée, pour me rendre à une soirée de gala de promoteurs immobiliers midi-pyrénéens dans l’écrin du Couvent des Jacobins, je tombe nez à nez avec une foule hétéroclite d’étudiants et/ou marginaux en haillons, mi-rampants mi-humains. Lie de vin, joints premier prix, instruments musicaux inconnus – j’ai dû rater des épisodes. Teint grisâtre de rigueur : la dernière séance de sport en 5ème, souvenez-vous, les 12 mn obligatoires du test Cooper qui énerve les filles. Une bribe du discours d’un meneur : « Vinci gère ce parking souterrain et s’enrichit sur votre dos. » La mafia en col blanc. Mouais.

Panama Papers, loi El Khomri… Ces sujets d’actu nourrissent les pancartes des défilés contestataires qui fleurissent au printemps. Lycéens, étudiants, syndicats, fonctionnaires : défilés menés par des acteurs respectables et respectés, mais n’appartenant au monde de l’entreprise, tout en décrétant ce qui est bon pour elle.

Voilà pour le côté pile, attendu pour celles et ceux qui fréquentent le billet du lundi – cinq ans déjà. Mais il y a un mais. Ce foutu job de journaliste m’amène à couvrir des événements que j’aurais balayé d’un revers de mépris – Nuit Debout, meetings extrémistes, sales manifs homophobes, tournois de curling ou de baby-foot. Envoyé, à Montpellier, pour jeter un œil à Nuit Debout made in Languedoc, samedi et dimanche, à l’heure de l’apéro, j’ai certes revu des mi-rampants et des gueules de casseurs. Mais pas que. De vraies questions citoyennes et éclairées, aussi, habilement verbalisées : la limitation des mandats politiques, les lieux de vrai pouvoir (Bruxelles et non Paris), la mise sous surveillance des lobbys financiers, l’importance de former les citoyens, la désuétude avérée de la 5ème République, née en 1958 et qui, en effet, n’en finit pas de mourir.

Un doute massif sur la démocratie participative, « qui nous fait décider de la couleur des trottoirs, alors qu’on construit quand même des routes », ironise un intervenant. Parmi les actions évoquées : l’extinction volontaire des lumières des commerces de centre-ville la nuit « pour économiser de l’électricité » ; la sollicitation des quartiers populaires, « qui ne se sentent pas concernés à ce jour » ; l’utilisation des réseaux sociaux et du web pour partager les photos et vidéos des rassemblements, ou pour cumuler les propositions. Bref, du vivant, teinté d’utopie maladroite, et alors ? Comme quoi, parfois, il faut un peu s’intéresser avant d’ouvrir sa gueule.

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