Les joies rondes

Fins de saisons, comme déraison. La semaine passée, qu’avons-nous vu sur nos macro-ondes ? Des dérives extra-sportives en boucle. La « fête gâchée » (traduction, en français : les émeutes urbaines) du Trocadéro*, le magnifique baston improvisé entre ultras lyonnais et marseillais sur une aire de l’autoroute A7, le décès suspect et quasi-invisible de Philippe Gaumont, jeune (40 ans) retraité du cyclisme, l’entraîneur italien du PSG qui officialise son désir de partir, l’Hexagoal encore imbibé de gaz lacrymogènes. Tout de suite, se servir de ses réussites comme d’un tremplin à dollars – légal, pas le goût.

Mais il y a des joies plus profondes, rondes comme la planète, comme un ballon qui va au fond. A Nantes, cette marée jaune qui envahit la Beaujoire, autant pour fêter la remontée en Ligue 1 des Canaris, que pour exorciser quatre ans de purgatoire en Ligue 2. A Paris, les larmes vraies de l’icône britannique David Beckham, qui dit bye-bye à 20 ans de passion foot dévorante façon fille épicée. Thanks mister. A Saint-Etienne, des larmes encore pour l’attaquant cool et fantasque Pierre-Emerick Aubameyang, dont c’était la der en Verts. A Nice, le lyonnais Clément Grenier, diamant brut, rayonne et score encore, du haut de ses 22 ans. Préservons-le de comparaisons trop hâtives et flatteuses, mais quand même ce gosse il a des airs de… chut. A Montpellier, malgré un triste 0-0 et une saison minée par les auto-tacles du président Nicollin, les joueurs font une haie d’honneur puis portent en triomphe leur entraîneur René Girard, pour son dernier match à La Mosson. Geste spontané, juste chouette. Après quatre ans de bons et royaux services, le technicien gardois fut, et restera, l’artificier n°1 du titre de champion de France décroché l’an passé.
« Que même en rêve j’y aurais pas cru », résume, pris d’un accès de lyrisme, mon voisin de kop. « Je lui dois tout », lâche en hommage Younès Belhanda, milieu offensif. J’aime ces fins de saisons, où tombent les masques, se révèlent les hommes, et sont couronnées de succès des années de talent, de discipline, de mental et d’entraînements sous la neige. Des pages se tournent, des groupes à peine créés se défont, d’autres en devenir portent les triomphes de demain.
Et 30 ans après, y a rien à faire, on s’en souvient encore.

* Œuvre d’ « Ultras », cible préférée des médias bla-bla, et principalement de casseurs de banlieue, comme le rappelle Manuel Valls lui-même. Lire à ce sujet le communiqué édifiant du Kop of Boulogne 1978. Lien :

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