Le low cost appauvrit

Le low cost (bas prix), voire la gratuité, des biens et services, c’est tendance. Côté rails, la Région Languedoc-Roussillon et la SNCF mettent petit à petit en place le TER (train express régional) à un euro – en clair, 1 euro pour faire du shopping à Nîmes, voir des toros à Béziers ou prendre un verre à Collioure. A Aubagne, on a le sens de l’exagération : le futur tramway sera carrément gratuit. Dans les lycées, cette même Région LR offre des ordinateurs portables aux élèves depuis septembre dernier. Du lundi au vendredi, des dizaines de milliers de journaux gratuits – Metro, 20 Minutes, Direct + – sont à disposition des usagers des transports en commun dans les grandes métropoles. A chaque période de soldes, c’est la guerre. Les hard-discounters poussent comme des champignons. Le logement social est présenté comme solution au mal-logement et les Restos du Cœur à la paupérisation rampante – quelle ambition ! En l’air, Ryanair&co rendent l’ailleurs accessible aux sur-smicards.
Qu’est-ce qui justifie la vague low cost ? Le marasme économique, bien sûr. L’idée est de garder captive une clientèle sans le sou. La propagande politique, aussi : on donne à une frange des électeurs avec l’argent des contribuables (pas forcément la même frange). Il y a aussi l’inventivité et la capacité de travail de quelques chefs d’entreprises atypiques, comme Niel avec Free ou Afflelou avec Afflelou. Va pour la logique commerciale.
Monsieur low cost est un petit pervers pas isolé. Son action ringardise les vraies questions. Du genre : pourquoi les salaires moyens sont-ils aussi minables en France ? Qui finance la gratuité ou quasi telle des ordinateurs, des tramways, des TER ? L’information gratuite n’est-elle pas la fossoyeuse du métier de journaliste ? Danone ne donnerait pas ses Activia pour faire la nique à Nestlé !
Sous ses airs sympas, Monsieur low cost est un terroriste de l’intérieur, qui a l’aval des puissants. En pensant faire des affaires, les clients perdent de vue qu’ils sont des pions sur des échiquiers économiques au mieux ineptes, souvent injustes. Emprunter 300 000 euros pour acquérir un appartement tout juste décent est une imposture qui fait prospérer beaucoup de monde. Cracher 80 euros pour faire un plein d’essence aussi. Monsieur low cost fait croire qu’il faut consommer toujours plus pour être heureux. Il fait perdre la valeur des choses et anesthésie les sujets sensibles. Avant, le monde était peut-être triste en noir et blanc, mais il était plus cohérent : les pauvres acceptaient d’être pauvres, et la France ne comptait pas trois millions de ménages surendettés.

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