J’aime mieux la génération Z

On vous rebat les oreilles avec la génération Y – entendez, les trentenaires nés sous l’ère Platini-Fignon-Prost-Noah-Mitterrand (cherchez l’intrus). Elle poserait des problèmes insolubles aux dirigeants, managers et DRH, par sa créativité sans borne, son impatience et ses attentes « disruptives », comme dit Macron dans ses tweets en caractères blancs sur fond bleu espérance. Mouais. J’ai dû rater un épisode. Elle est aussi accro à son bon vieux CDI, à ses 35 heures chrono et à ses RTT. Voilà les premières questions récurrentes, posées avant même d’avoir mis un pied dans l’entreprise : « Combien de jours de RTT ? Peut-on les cumuler ? Vous commencez et finissez à quelle heure ? » En mode : je ne te donnerai pas plus que le minimum syndical, et en échange j’exige tous les gages de sécurité prévus par le code du travail, la convention collective et les traités internationaux. Tellement désarçonnant que je ne réponds même plus, orientant vers « le service compétent ». À bientôt 42 piges, ménager son petit cœur.

La génération Z – comme Zidane (facile celle-là), entendez : les bientôt trentenaires nés dans les années 90 – a, d’accord, des aspects bien désespérants. Ses humbles émissaires ont tout juste lu un chef-d’oeuvre de Rimbaud (et encore, le plus court) et trois pages de Zola. Leurs enfants ne sauront plus que ce que signifie un poème. Irrécupérables. Pire : ils sont digital native. Nés avec l’émergence des nouvelles technologies – qui ne sont plus vraiment nouvelles – et des réseaux sociaux. Quand on leur demande s’ils lisent la presse écrite papier, ils répondent (véridique) « Oui, sur Facebook, je checke mon fil info tous les matins ». Réponse à la fois effrayante et fabuleuse de spontanéité et de vérité. Le kiosque à journaux ne fait même plus partie de leur paysage. Sans verser dans la caricature et les clichés, leur rapport au travail sonne globalement plus sain. Leurs attentes sont plus « cash », pour parler comme eux : capables de claquer la porte du jour au lendemain si « ça leur pète », mais aussi capables de s’investir si la mission confiée « revêt du sens et valorise », comme disent les formateurs en management bienveillant. Quelque chose de plus abrasif chez les Z, et ce n’est pas lié qu’à l’insouciance de leurs 20 ans. Une pointe de « J’ai peur de rien », une incarnation du passage au nouveau siècle, avec des codes entièrement cassés. La création d’entreprise ou le free lance perçus comme des débouchés aussi normaux qu’un statut de salarié, les acquis sociaux d’après-guerre confinés au parchemin. Une forme de pragmatisme pur prenant le pas sur les vieilles idéologies. En un mot comme en mille : bienvenue à eux.

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