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Une lecture de vacances

Coups de gueule, poil à gratter...

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Une lecture de vacances

Vous l’observerez en soirée, à mesure que monte le taux d’alcoolémie collectif : les convives parlent beaucoup plus qu’ils n’écoutent et n’observent. C’en est même fascinant. Si, le lendemain, vous les prenez chacun à part, pour leur demander ce qu’ils ont appris de nouveau et des autres, la veille au soir, vous serez surpris du vide intergalactique de leurs réponses.

C’est l’un des problèmes du management en entreprise. Pas de verre en trop cette fois. Mais, pressuré par les objectifs et les timings à tenir, noyé par les reporting, océans de courriel et autres tableaux Excel à la pelle, le chef 3.0 passe souvent à côté de l’essentiel. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Sir Alex Ferguson, ex-manager de Manchester United, dans son excellent ‘Leading, manager pour gagner’ (éd.Marabout). « Beaucoup de gens ne sont pas très observateurs et n’écoutent pas attentivement. Ils passent souvent à côté de ce qu’on leur dit, relève-t-il. Je connais des entraîneurs qui peuvent parler pendant des heures, mais je ne crois pas que cela les aide vraiment. Dieu nous a donné deux oreilles, deux yeux et une seule bouche : c’est pour écouter et regarder deux fois plus que nous parlons. D’ailleurs, écouter ne coûte rien ! »

Même si son auteur, Sir mais sans diplôme, se défend de théoriser, et rappelle que tout n’est pas transposable entre sport et business, l’ouvrage a sa place dans les écoles de management et de commerce. Parce qu’il place le système D (Alex Ferguson a tout appris sur le tas) et l’intelligence émotionnelle au cœur. Casser les rythmes d’entraînement pour maintenir les corps en éveil. S’éclipser volontairement pour laisser, par surprise, son équipe débriefer seule, dans les vestiaires, après une première mi-temps catastrophique. Donner le brassard de capitaine à un joueur qui vous a critiqué dans la presse, pour lui mettre la pression et le forcer à se révéler. Offrir sa meilleure bouteille de whisky écossais à l’entraîneur adverse, la veille d’une finale internationale, pour lui faire croire qu’on part perdants, et qu’il baisse ainsi, inconsciemment, la garde.

Anecdote truculente : c’est en trahissant des conversations entre joueurs, qui couvraient d’éloges Eric Cantona, qu’Alex Ferguson a décidé de recruter le Français, pourtant auréolé d’une image de caractériel. On connaît la suite. Autre artifice managérial de génie, car très innovante à l’époque : Alex Ferguson a accepté d’être relégué, lors des séances d’entraînement, hors du terrain, sous l’insistance de son adjoint, qui se plaignait de n’avoir rien à faire et voulait travailler – on est en Angleterre. « En prenant du recul et en observant le jeu depuis la ligne de touche, mon champ de vision s’est élargi. J’ai pu envisager la séance dans son ensemble et déceler l’humeur, l’énergie et les habitudes des joueurs (…). Il faut se donner les moyens de pouvoir alterner une vision rapprochée sur les détails et une vue d’ensemble. »
Non, vraiment, les lectures de vacances, y a que ça de vrai…

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