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Le parfum des finales

Coups de gueule, poil à gratter...

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Le parfum des finales

Fin mai. Le doux parfum des finales sportives qui plane. Ces finales aimées et redoutées, pleines de bières et de drames, pour plagier Brel, qui jouait, sur scène, une finale tous les soirs. La conclusion impitoyable, pour les sportifs, de mois de compétition : l’histoire ne retiendra que le nom du vainqueur. Pour certains, c’est une occasion unique de toucher le Graal. Pas sûr que le train repasse. Des années d’efforts qui se jouent en une heure trente. Les finales annoncent, aussi, par extension, les étés alanguis, aveuglants, joliment inutiles. Le repos, bientôt.

La terre d’Occitanie signe un cru 2018 béni des Dieux du stade : les sections féminines championnes de France en rugby (Montpellier) et volley (Béziers), les gars du Nîmes Olympique qui retrouve la Ligue 1 de foot après 25 ans de purgatoire, Béziers qui monte en L2 de foot, l’USAP (Perpignan) qui retrouve le Top 14, le handball montpelliérain sur le toit de l’Europe, une finale du Top 14 en rugby 100 % occitane, samedi prochain au Stade de France, entre le MHR et Castres… Une kyrielle d’exploits qui coûte très cher aux contribuables, entre aides des collectivités aux clubs et construction ou entretien des infrastructures, mais qui ramène aussi beaucoup en termes d’image, d’attractivité, de retombées diverses, et tout simplement de lien social. Les fans pleurent, les amateurs s’extasient, les sympathisants sourient. Ça fait de belles photos, les finales. On en oublie les sacrifices consentis par les protagonistes, pour vivre ces quelques moments de grâce. Les centres de formation dès 14 ans. Les entraînements sous la flotte et dans le froid. Les blessures. Les doutes. Les injustices. Les tensions de vestiaires. Les pâtes sans fromage.

Plus grande performance dans la liste ci-dessus, incontestablement, la victoire du Montpellier Handball en Ligue des Champions. « Immense », barre la Une de L’Équipe ce matin. « Aujourd’hui, le PSG est le seul club français qui puisse prétendre gagner la Ligue des Champions de handball, grâce à son actionnariat qatari, qui a mis des moyens financiers énormes », déclarait, en décembre 2016, Patrice Canayer, manager du MHB, dans le Mag « Sport et économie  » de La Lettre M.
Dimanche soir, en remportant la Ligue des Champions de handball avec le MHB, face à Nantes, à Cologne, il déjoue certes son propre pronostic, mais démontre surtout son talent de manager, basé sur le travail, l’anticipation, l’innovation, la constance (depuis 24 ans au club) et la résilience. Résilience après l’affaire des paris truqués des frères Karabatic, et la mise en place d’un nouveau pacte d’actionnaires en 2015. Résilience après la déconvenue, il y a juste une semaine, à Saint-Raphaël, et la perte d’un titre de champion de France qui tendait les bras au club héraultais.
Je me rappelle de cette heure et demi passée, fin 2016, à parler sport, psychologie, relations avec les médias et problématiques de financements, dans son bureau du palais des sports René Bougnol. Passionnant. Et plutôt content de l’avoir choisi, à l’instinct, pour la rubrique « Grand Témoin », alors qu’il pouvait paraître essoufflé, voire un peu has been.

Le sport est certes affaire de gros sous. Comme en atteste la finale de rugby MHR / Castres. En arrière-plan, nous retrouvons deux poids lourds de l’économie régionale dans l’actionnariat de ces deux clubs : Groupe Altrad (services à l’industrie, 39 000 salariés) côté Montpellier et les laboratoires Pierre Fabre (médicament, santé et dermo-cosmétique, 13 000 salariés) côté Castres. Par ailleurs, et pour rester sur la seule Occitanie, Nîmes Olympique est par exemple présidé par Rani Assaf, directeur technique de Free et co-créateur de la Freebox, Montpellier Hérault Sport Club par Laurent Nicollin, co-dirigeant du Groupe Nicollin (collecte des ordures ménagères, nettoyage urbain et tri des déchets, 5 000 salariés), le Toulouse Football Club par Olivier Sadran, patron de Newrest (catering multi-secteurs, 31 000 salariés). Sans compter les puissants réseaux d’affaires qui prennent place dans les loges – histoire de continuer à bosser le week-end.

Mais il n’y a pas de corrélation systématique entre niveau des budgets et résultats sportifs. Heureusement. Voir ces grands patrons souffrir, souffler et fulminer, en tribune ou sur le banc, en subissant des matchs à l’issue capricieuse, après avoir tant investi – parfois à perte -, fait aussi partie du parfum des matchs, qu’ils soient une finale de mai ou un match miteux au creux de novembre.

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