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Le cri du Harki

Coups de gueule, poil à gratter...

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Le cri du Harki

Entre sport, société et histoire de France. Dans « Le Cri » (Editions Talaia), mon confrère Vincent Couture, 41 ans, journaliste sportif à L’Indépendant (Perpignan), expert ès rugby (10 ans d’USAP*), narre le destin de l’ex-rugbyman Bernard Goutta, treize lettres à écrire en sang et or – couleurs de l’USAP . Ce fils de Harki, qui entraîne aujourd’hui le club de Colomiers (Pro D 2), en banlieue toulousaine, a grandi dans les baraquements du camp Joffre de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Un camp qui « accueillit » les réfugiés espagnols, puis les Harkis qui avaient échappé au massacre des leurs et fui l’Algérie, après l’indépendance de mars 1962. Il faudra attendre 50 ans, et la campagne présidentielle de 2012, pour qu’un président de la République (Nicolas Sarkozy) reconnaisse, à Perpignan, la responsabilité de l’Etat français dans l’abandon des Harkis, et leur génocide en Algérie (90 000 victimes).

Fin des années 60. Après le camp Joffre, direction la cité Réart (toujours à Rivesaltes) pour Goutta, avec ses huit frères et soeurs. Mal-être identitaire, bastons avec les immigrés algériens des villages voisins, qui traitent les fils de Harkis de traîtres. Et puis, comme un salut, l’Ovalie. Issu du rugby amateur, Goutta est repéré par l’USAP. Premier contrat pro. Entre deux entraînements, Goutta est préposé à l’entretien de la pelouse. Intéressant par son profil d’ex-treiziste, il fait son trou. Toujours sérieux, toujours silencieux. Vient le traumatisme de la non-sélection pour une grande finale (perdue), au Stade de France, en 1998, malgré une saison solide en sang et or. Ce n’est pas le grand amour avec l’entraîneur de l’époque, Alain Teixidor.

Un jour, lors d’une séance de tableau noir, Goutta brise ses chaînes mentales et, devant ses coéquipiers interloqués, se met d’un seul coup à crier sur Teixidor, pendant de longues minutes, pour lui signifier sa rage d’être sous-utilisé, mal aimé, incompris tactiquement. Un cri charnière, d’affirmation. Goutta sera ensuite promu capitaine, puis entraînera l’USAP. Jusqu’au Graal, le bouclier de Brennus, soulevé en 2009, après des années à s’être cassé les dents contre le tout-puissant et très énervant Stade Français – des parigots en rose qui raflaient tout, tout le temps.

Dans le stade Aimé Giral, antre de l’USAP, une tribune porte aujourd’hui son nom. Les non-sportifs railleront le détail. Les connaisseurs savent que c’est là l’hommage de tout un peuple à un homme – ses performances sportives, mais aussi ses valeurs, sa « passion sacrificielle », sa constance, son leadership et la crainte qu’il inspirait à ses adversaires.

Le Cri, 250 pages truffées d’anecdotes sur le rôle quasi-politique de l’USAP dans la vie locale, sur les bagarres générales à l’ancienne, sur les 3ème mi-temps sans Facebook ni twitter, sur l’insertion par le sport. Un bouquin à booker. Comme on dit entre mecs : « offre-le à ta copine ! »

* Union Sportive Arlequins Perpignan-Roussillon. Club de rugby de Perpignan, relégué en Pro D2 en mai 2014.  

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Une réponse à Le cri du Harki

  1. Allanic dit :

    Ah…. L’USAP…. « Sempre en davant » !!
    Les 3° mi-temps au « Tio Peppe »… Les camemberts au four du « Patio de la Loge », chez Eric Alain, ancien joueur…
    Un soir de défaite à Narbonne, le derby de l’époque (2002), obligation de quitter cravate et costume de l’USAP pour le parrain de mon fils, alors 3° ligne sang et or, et tenter, seulement tenter, de passer inaperçu autour du Castillet, afin de s’épargner remarques et sifflets du peuple supporter ! Mais les soirs de victoire à Aimé Giral, débarquer à l’Arago, blindé, et passer devant tout le monde vers une table miraculeusement libérée en un clin d’œil… laisser les clients engager des paris sur les mensurations du joueur, descendre des coupes de Champagne offertes par on ne sait qui, laisser les jeunes filles le kidnapper des bras de sa compagne pour quelques selfies…
    Mouais, l’USAP c’est vraiment ça… un peuple, des joueurs dévoués mais redevables aussi à leurs supporters sang et or, surtout sanguins…
    Et deux légendes, Mas et Goutta, enfants du pays, l’un de souche (mais déserteur 😉 l’autre de force, mais quelle force… pas seulement celle sur le terrain, celle de l’âme… humilité, constance sur et hors terrain, belle gueule carrée et sourire charmeur, reflet éclatant du personnage…
    Un bel exemple d’intégration, la vraie, la réussie, pour celui qui a tant donné à son club, à son territoire. Un catalan, un vrai.

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