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Le bien public

Coups de gueule, poil à gratter...

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Le bien public

Si si, la politique peut être noble et servir la cause publique. Une actualité locale, qui a secoué lundi matin le landerneau montpelliérain, nous le rappelle. Raymond Dugrand, père de l’urbanisme de la cité languedocienne, est décédé à l’âge de 92 ans, apprend-on auprès de Philippe Saurel, maire DGV de Montpellier… lui-même adjoint à l’urbanisme de 2004 à 2011. Ces deux passionnés d’aménagement urbain et d’habitat cumulent à eux deux 35 ans de délégation à l’urbanisme à la Ville. Raymond Dugrand fut en effet le fidèle adjoint à l’urbanisme de feu Georges Frêche, pendant 24 ans, de 1977 à 2001.Une vie de pose de premières pierres, d’inaugurations, de visites de chantiers, de conférences de presse, de réunions publiques, de gestion de procédures administratives, d’échanges parfois houleux avec aménageurs, architectes, promoteurs, agents immobiliers et gars du bâtiment. Une vie de passion, pour propulser la cité de belle endormie à la 8ème ville de France.

Raymond Dugrand a notamment imaginé l’extension de la ville vers la mer, en suivant le cours du Lez, à travers des nouveaux quartiers, certains réalisés (Antigone, Port Marianne…), d’autres en construction (Parc Marianne, Rive Gauche…) et d’autres à venir, à la fois le long de l’avenue rebaptisé à son nom de son vivant en 2009, et le long de l’avenue Georges Frêche, à Lattes et Pérols. Pour l’anecdote, l’emplacement de la nouvelle gare de Montpellier, qui sera inaugurée fin 2017 dans le quartier de la Mogère, a été arrêté dès les années 80 – preuve que l’urbanisme, décidément, c’est le temps long.

On peut critiquer la main-mise de la puissance publique, une course à la croissance démographique (pour accueillir qui, et pour faire quoi ?), un mix parfois hétéroclite entre social, logements de standing, bureaux et résidences étudiantes, ou encore des systèmes d’attributions jadis opaques et inégalitaires de logements sociaux. Soit. Mais à l’heure du deuil, « Montpellier vient de perdre cette nuit l’un de ses grands hommes, résume Philippe Saurel. Raymond Dugrand était un éminent spécialiste de la géographie urbaine. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, professeur à l’université, il était indissociable de Georges Frêche. »

Lors de la dernière rencontre, en décembre, entre les deux hommes, Philippe Saurel a remis à Raymond Dugrand le 2e prix « Capitale de l’Urbanisme » décerné par l’Academy of Urbanism à Londres à la Ville de Montpellier, classée entre Copenhague et Eindoven. « C’est une reconnaissance européenne à laquelle il a largement contribué », déclare l’élu DVG.​ Il y a deux mois, le 13 décembre, lors des vœux (anticipés) de la Fédération des Promoteurs Immobiliers Occitanie Méditerranée, Philippe Saurel avait rendu un premier hommage à Raymond Dugrand, déjà hospitalisé. « Malgré mes huit ans à l’urbanisme, c’est Raymond Dugrand qui a fait Montpellier, ce n’est pas moi, confessait-il devant un auditoire de quelque 300 personnes. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. Nous, nous prenons la suite, nous adaptons la ville au tramway, au logement abordable, à la mixité sociale, au renouvellement urbain. Nous construisons de nouveaux équipements publics. Mais le master plan, celui qui a dessiné l’axe d’Antigone, puis l’axe de Port Marianne vers la mer, c’est Ricardo Bofill (architecte catalan, concepteur du quartier Antigone), Raymond Dugrand et Georges Frêche qui l’ont fait. »

Côté avenir, Philippe Saurel est aujourd’hui, en plus de ses mandats électifs, dans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Puisse la vision de Raymond Dugrand parvenir par son intermédiaire, et en mode national, jusqu’au QG connecté de la tour Montparnasse, pour réparer une récurrente lacune : l’urbanisme n’est jamais abordé par les candidats à la fonction suprême, alors qu’il façonne nos quotidiens.

 

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