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La Dépêche met le cap au Sud

Coups de gueule, poil à gratter...

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La Dépêche met le cap au Sud

Des moments comme je les aime. Le 25 juin, Jean-Michel Baylet, à la fois président du Parti radical de gauche et PDG du groupe de presse La Dépêche, officialise à Saint-Jean-de-Védas (Hérault) le rachat par La Dépêche des Journaux du Midi (Midi Libre, Centre Presse, L’Indépendant) auprès de Groupe Sud Ouest (GSO). L’acquisition est conclue à hauteur de 15 millions d’euros. Fin 2007, GSO avait acquis ces mêmes Journaux du Midi pour 90 millions d’euros, à périmètre équivalent. « Aujourd’hui, un journal ne vaut plus rien », résume à gros traits le natif de Toulouse, âgé de 69 ans. Tout y passe : les kakémonos des quatre titres régionaux, symboliquement alignés devant l’entrée du Mas de Grille, siège des Journaux du Midi ; l’oreillette qui tombe pendant le direct de France 3 Sud – « ces oreillettes, je les déteste, elles se cassent toujours la gueule » ; la photo des heureux repreneurs, un Midi Libre du jour à la main.

Le nouveau groupe de presse, qui revendique la 4ème place dans le paysage de la presse indépendante française, emploiera 1 700 salariés, couvrira le périmètre de la future grande région Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées (et même un peu plus), et pèsera 165 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le boss parle de « synergies », de « mutualisation », de taille critique, et de 300 suppressions de postes environ. L’agence de Narbonne devrait fermer fin août. « D’autres suivront. Mais c’est la vie des entreprises. Il n’y a que dans le monde de la presse que l’on considère que rien ne doit changer. Vous ne mangez pas, ne vous habillez pas, ne vivez pas comme il y a 25 ans », glisse-t-il lors de la conférence de presse, devant ses confrères concurrents. Mais les titres, aux identités et histoires très différentes, resteront distincts. Bon courage pour le management.

S’il ne livre pas publiquement de solution, l’ex-patron du conseil départemental du Tarn-et-Garonne dresse un portrait au vitriol de la presse écrite quotidienne format papier. « Les journaux de presse écrite, on est des dinosaures. L’information se fait aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Les journalistes sont vachement débordés par ces réseaux sociaux (sic). On doit se poser un certain nombre de questions. L’écrit ne perdurera pas dans son modèle actuel. Mais ce n’est pas évident, on est dans un milieu où il y a beaucoup de lourdeur et de difficultés pour vivre avec son temps. » Comme en écho à ces propos, la plupart des journalistes autour de la table prennent des notes en mode cahier/stylo. On est encore loin des tablettes connectées.

Le numérique et l’événementiel devraient occuper une grande part du développement du groupe. « Il faut monétiser l’info à valeur ajoutée, pas celle que l’on retrouve partout sur les réseaux sociaux », explique Jean-Nicolas Baylet, son fils, vice-président en charge du développement numérique. Le papier prend plus une place de synthèse et de mise en perspective. « Prenez l’explosion d’AZF (21 septembre 2001 au matin à Toulouse, NDLR) : si elle avait lieu aujourd’hui, elle ne serait pas traitée de la même façon dans le journal du lendemain qu’en 2001. »

Reste un point déontologique. Ce samedi 27, Jean-Michel Baylet rappelle par communiqué de presse son intention de présenter une liste PRG aux premiers tours des régionales, les 6 et 13 décembre prochains, rejetant une énième proposition d’alliance dès le 1er tour, formulée le matin même par la candidate PS, Carole Delga, lors de son lancement de campagne à Montpellier. Dès lors, comment l’empire médiatique de M.Baylet traitera-t-il la campagne des régionales, qui pourrait voir, situation inédite, trois candidats majeurs à gauche – Sylvia Pinel pour le PRG, Carole Delga pour le PS, Philippe Saurel en divers gauche ? La question se pose, quand on sait le sort que La Dépêche du Midi a réservé Jean-Luc Moudenc (Les Républicains) lors de la campagne municipale 2014 à Toulouse. Voilà qui fait déjà un beau sujet de mémoire pour les futurs Masters des écoles de journalisme, communication et sciences politiques. Pour ma part, en simple professionnel, je jetterai un œil. Ça me fera lire des journaux.

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