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La claque

Coups de gueule, poil à gratter...

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La claque

Et elle est autant pour Alain Juppé que pour Nicolas Sarkozy. L’austère Sarthois François Fillon, 61 ans, sur qui personne ne misait un petit tour aux 24 heures du Mans il y a seulement deux semaines, recueille plus de 44 % des voix, lors du premier tour de la primaire de la droite et du centre, qui a attiré hier plus de 4 millions de Français. Un score stratosphérique, qui semble couronner quelques qualités simples mais plutôt rares en politique : la constance dans les convictions, la clarté dans le message et l’honnêteté dans les pratiques. À défaut de faire rêver.

Favori, depuis plus d’un an, des sondages et des médias, Juppé se qualifie certes pour le 2ème tour, dimanche prochain, mais avec un retard (16 points) considérable. Certes, les compteurs seront remis à zéro le 27 novembre. Certes, tout est possible et on aura tout d’ailleurs tout vu en 2016 – le Brexit, le Trump, le Sarthois. Mais la dynamique a changé de camp. En six petits jours, difficile d’imaginer qu’elle puisse à nouveau s’inverser. Ce 20 novembre, historique dans la vie politique française, marque aussi la fin de la carrière politique de Nicolas Sarkozy, ex-chef d’État et candidat à sa résurrection. « Il était l’homme à abattre dans cette campagne », résume Luc Chatel, l’un de ses soutiens. Certains électeurs de gauche, qui se sont invités hier dans les isoloirs, vont devoir trouver quelqu’un d’autre sur qui cracher.

Qui vote Fillon ? C’est la vraie question. Le député de Paris, pas charismatique pour un sou (mais toujours bien sapé), a siphonné les voix de tous ses concurrents (Le Maire, Juppé, Sarkozy) dans la dernière ligne droite, façon pilote de course automobile. Excellant dans les débats télévisés. Incarnant une forme de synthèse entre un Sarkozy énergique, expérimenté mais pollué par les affaires et clivant, et un Juppé calme, rassembleur mais trop au centre et trop sûr de son fait. Du coup, raz-de-marée au pays des rillettes : les catholiques à la sortie de la messe, les ruraux, les urbains, les libéraux, les conservateurs, les cadres qui s’en foutent du mariage gay, les vieux qui n’aiment pas les homos, etc. Ne condamnons pas les sondeurs, cette fois : ils avaient capté la dynamique Fillon. Le dernier sondage paru, vendredi soir, fut d’ailleurs le seul à le placer en tête.
L’explication à ce plébiscite express semble simple : la majorité du peuple de droite et du centre n’a voulu ni de Juppé ni de Sarkozy, et a rallié massivement Fillon, passé de 10 % d’intentions de vote en septembre à 44 % hier. Ça valait bien une pinte de bière sous les projecteurs et dans les fans.

Aujourd’hui, on (pronom indéfini) alerte sur le profil inquiétant de l’ancien Premier ministre de Sarkozy : un ultra-libéral qui veut réduire la dépense publique, casser les 35 heures et qui en pince pour Margaret Thatcher. Un réac’ proche de la Manif pour Tous, un élu qui se dit « personnellement opposé à l’avortement », même s’il promet de ne pas revenir sur la loi Veil en cas de victoire en mai 2017.
À lire les réseaux sociaux, il pourrait donc y avoir, pour une présidentielle en France, trois candidats d’extrême-gauche, mais pas de candidat de droite portant un programme libéral assumé. En clair, les candidats de droite devraient être de gauche. C’est objectivement absurde. Il faut pouvoir choisir en faisant son marché, quels que soient ses goûts. On (pronom toujours indéfini) attend avec impatience que l’ami François Bayrou, coincé entre un concurrent inattendu – Macron – et un scénario imprévisible à droite, nous dise ce qu’il compte désormais faire, ou pas. Si tant est qu’il pèse encore. Car c’est acquis : aux 24 heures du Mans comme en politique contemporaine, tout va très vite.

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