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Inculture médias

Coups de gueule, poil à gratter...

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Inculture médias

Il y a des cours de culture média qui se perdent. Tout le monde se plaint des journalistes : tous pourris, tous pareils, tous vendus, et mal élevés en plus. Mais, au fond, pas grand monde ne s’intéresse à leur rôle dans une démocratie, à leur véritable fonctionnement ou encore à leur mission première.

Là, un élu apostrophe des journalistes, en pleine conférence de presse, pour leur donner la leçon sur tel ou tel article dont le contenu lui disconvient. « Moi, si j’étais journaliste, j’aurais choisi tel angle… » Un interventionnisme qui ferait l’ouverture rêvée d’un sketch grinçant. Plus de limites.

Un peu plus loin, un représentant d’un grand compte national interpelle un chef de publicité d’un journal, en le prenant pour le salarié d’un titre concurrent, alors que les deux se croisent depuis des années. Ou encore, à la terrasse d’un café, un patron, que j’ai longuement interviewé un mois avant, me hèle, en me confondant là aussi avec un journaliste d’une autre entreprise. Ça peut arriver, il y a plus grave sur terre, mais cela traduit aussi le peu d’estime accordée à la profession et à sa pluralité. Sans demander le tapis rouge, dressez au moins un trombinoscope pour mettre des visages sur des noms et des sociétés, les mecs.

L’inculture médias peut revêtir beaucoup d’autres formes, entre intimidation, irrespect ou plaisir de contester un pouvoir : juger comme un dû le fait de relire les articles avant parution (un grand classique), balancer le vendredi à 18h30 un communiqué hyper important (timing idéal, sachant qu’il faudra au moins 2 heures pour le traiter) qui aurait très bien pu être envoyé en début d’après-midi, exiger d’un journaliste qu’il dévoile sa source (la bonne blague), demander qu’un article soit supprimé « parce qu’il est faux », sans préciser en quoi il le serait (alors que c’est juste sa parution qui est gênante).

Sans oublier les attachées de presse (j’ignore pourquoi, mais voilà un métier quasi-exclusivement féminin) qui relancent pour la énième fois à propos d’un événement qui se déroule dans une ville située à 800 km de la zone de couverture du média, ou pour demander quand sera traité un communiqué ne présentant aucun intérêt et/ou pas d’actualité. Elles font leur job, avec, je suppose, une grosse pression, mais il y a parfois un problème de relation presse. Que de temps perdu (pour tous) par manque d’organisation…

Plus insidieux, la rétention d’informations. Auprès d’acteurs privés, cela fait partie du jeu. Auprès d’acteurs publics, la pilule passe plus mal. Les plus offensifs de mes confrères auront alors la ténacité, à raison, de saisir la Cada (commission d’accès aux documents administratifs).

Si les points presse démarrent de plus en plus à l’heure (soyons fair-play), beaucoup n’apportent que trop peu d’informations nouvelles. Or, sachez que les journalistes naviguent souvent en sous-effectif, n’ont jamais le temps et courent après les bouclages. Le quotidien sportif L’Equipe mentionne d’ailleurs parfois avec une gourmandise revancharde : « … lors d’une conférence de presse où l’on n’a rien appris ». Excellent !

Point le plus marquant, la méconnaissance du métier même de journaliste, chez bon nombre de personnes pourtant diplômées, instruites et en place. Oui, journalisme et communication sont deux activités vraiment différentes. Oui, il faut répondre aux demandes d’interviews, et ne pas choisir ses journalistes par copinage : c’est ainsi que les choses se passent dans une démocratie. Non, les journalistes ne gagnent pas beaucoup d’argent, travaillent beaucoup, plutôt honnêtement, même s’ils manquent parfois d’un brin de courage pour lutter contre la pente naturelle de l’autocensure. Non, les actionnaires n’interviennent pas dans la ligne éditoriale. « Avec les réseaux sociaux, ils savent très bien que l’information se répandrait comme une traînée de poudre, et ternirait leur image », analysait justement le chroniqueur Christophe Barbier, invité du Cercle Mozart, le 15 février à Montpellier.

Allez, promis, j’arrête de râler*. C’est finalement au collège Joffre (Montpellier), ce samedi matin, lors d’un forum des métiers, que je me suis réconcilié avec de possibles futurs lecteurs. Alors que je pensais avoir tout le temps de déguster le jus d’orange offert par la fédération de parents d’élèves, le stand « presse écrite » a attiré les foules des grands jours. Des ados dont les questions préparées avec minutie ont vite fait de me réveiller : comment on devient journaliste, pourquoi on exerce ce métier, les difficultés sur la route, les études à suivre, les écoles à cibler, les compétences requises, l’impact de la révolution digitale… Un vrai bain de jouvence ! Il y a des cours de culture média qui se donnent.

* Très bon livre, à offrir pour détendre les repas de Noël ! « J’arrête de râler », Christine Lewicki.

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