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Histoires d’image

Coups de gueule, poil à gratter...

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Histoires d’image

On peut dire pis que pendre des réseaux sociaux, à l’heure où le plus puissant et décrié d’entre eux, Facebook (23 millions d’utilisateurs en France chaque jour : de quoi faire rêver n’importe quel éditeur de presse), fête ses 15 ans. Qu’ils mettent à mal les relations humaines. Qu’ils conduisent à une surenchère de la violence verbale. Qu’ils rendent volontairement les cerveaux dépendants, au détriment de modes d’apprentissage et de pensée plus élaborés. On peut et on doit.

Mais difficile, comme acteur des médias, de ne pas y être, à moins d’en faire un élément de sa stratégie de communication. Ma marche digitale fut longue, et assez informelle au demeurant. J’ai rejoint Facebook en 2009, Twitter en 2011, Linkedin en 2012, puis Instagram sur le tard, en 2018. C’est une cadre dirigeante d’Econocom, lors des Universités d’été du Medef, qui m’a glissé, en août dernier, d’un air badin : « Vous êtes journaliste. Allez sur Instagram et regardez comment communiquent vos confrères et les titres de presse à travers l’image. » Savoir décoder ce type de message, distillé avec une certaine élégance. La traduction, en langage sudiste, pouvant être : « Mon gars, tu as déjà des cheveux blancs. Si tu veux rester à la page et ne pas finir avec une carte de presse du siècle dernier, lève-toi et marche ! »

J’apprends, depuis dix ans, à désapprendre ce qui fut le cœur de mon logiciel, où l’écrit et les mots règnent en maîtres – comme en atteste la structure de cette page d’accueil. « Il y a du contenu sur votre blog, ça correspond à l’image que vous devez porter par rapport à votre cible, mais vous pourriez introduire du multimédia, Monsieur », me confient gentiment certains étudiants de l’Iscom Montpellier, où je dispense des cours. Nouvelle traduction : « Ton blog est franchement triste, mec, lève-toi et marche ! » Toujours humer les nouvelles tendances qui fonctionnent. La couleur, l’esprit décalé, l’impertinence, la concision.

L’image, j’adore. Suffisamment pour en faire un billet, en tout cas. Image comme émotion, beauté, force, profondeur, humour, drame, voyage, découverte, invitation, introspection, message, arme, manipulation. Et tant d’autres. Il m’arrive de m’arrêter en voiture en double file, pour prendre en photo une scène inédite, une situation drôle, une lumière sur une façade, un alignement signifiant d’objets apparemment insignifiants. Pas vous ?

Ou de me dire, au gré du théâtre quotidien : « Tiens, ça ferait une belle photo, ce truc. » Comme sur cette voie express, avec, en enfilade, deux radars automatiques, un par sens de circulation, recouverts par les gilets jaunes de sacs plastiques noirs et d’un émoticon souriant, et, au second plan, un immeuble de bureaux battant le pavillon d’une grande banque. Symbole d’une fronde sociale, contre un ordre bien établi. Pas facile à immortaliser, vu le trafic automobile dans le secteur. Mais la photo ferait sens dans le contexte actuel. Et il faudrait se lever et marcher pour la réaliser : les sacs poubelles sur des radars routiers ne sont statistiquement pas éternels.

Parfois, si vous ronronnez, l’image vous fuit carrément. Comme dimanche après-midi, sur la route du match de foot Nîmes-Montpellier. Quatre jeunes gens affûtés marchaient sur le trottoir, les uns à côté des autres, les mains dans les poches, chacun vêtu du même haut de survêtement rouge vif, avec, dans le dos, sérigraphié en lettres blanches : « Nîmes Olympique ». Avec des mots, ça ne rend pas. Mais visuellement, je vous assure, ce cliché (le quatuor pris de dos) eût résumé toute une journée de passions languedociennes autour d’un événement sportif. Le temps que je réalise et stoppe mon bolide (je devais bien rouler à 40 km/h), mes quatre minois nîmois ne déambulaient plus côte à côte. Trop tard et pas grave : l’essentiel, quelque part, c’est d’avoir vu.

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