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Animer

Coups de gueule, poil à gratter...

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Animer

Le métier de journaliste ne me couvrira jamais d’or, et ne me fera pas finir mes journées à 17h15 avec RTT chaque vendredi après-midi. Soit. Mais il apporte l’ivresse très particulière de la diversité, et de la diversification. Passer de guerres politiques aux grands projets d’aménagement urbain, du management pur à la couverture d’un fait divers glauque à souhait, des innovations technologiques à la chasse aux scoops. Passer, aussi, de la plume au micro. Plaisir toujours vivace d’animer une réunion publique, un colloque, une table ronde, un forum, un dîner-débat…

Peu importe l’appellation, à vrai dire. L’essentiel est dans l’aventure. Chacune diffère de l’ancienne, mais il y a des constantes. Ah, ces réunions préparatoires où l’événement se trame… chacun l’échafaude comme il peut, l’événement en question n’étant en réalité central ni pour le donneur d’ordre, ni pour le prestataire – mais chut, ça ne se dit pas. Du coup, il faut aller vite, être directif. Je ne suis pas un pro de l’événementiel, mais j’ai pu vérifier à quel point le diable, en effet, se cache bien dans les détails. Qui intervient, quand ? Ses coordonnées, pour le joindre avant ? Y aura-t-il des élus, un représentant de l’Etat ? Quel ordre protocolaire ? Pourquoi faire cette réunion maintenant, histoire que je comprenne bien ? Quels messages doivent absolument être délivrés ? Combien de personnes attendues ? Ambiance hostile ou feutrée ? Quand la salle aura-t-elle la parole ? Combien de temps ? Qui s’occupe de vérifier que les piles des micros seront neuves le jour J ? Quel est le prénom du régisseur (pour le remercier à la fin : important !) ?
Et puis, les revirements de dernière minute. Machin qui a raté son avion, l’autre qui boude pour des histoires de politique locale, le 3ème qui tremble en montant sur scène et qu’il faut rassurer, sans trop en faire non plus.

Amusement, teinté d’indifférence, à entendre toujours les mêmes remarques de certains confrères.  » Ton trait d’humour, il est tombé à l’eau, non ? « ,  » Tu bouffes à tous les râteliers, toi « , ou, pour les redresseurs de torts :  » Et tu te prétends indépendant ?  » J’avais oublié qu’on était en France, pays où il faut s’excuser de travailler.

Plaisir, surtout, de rencontrer des gens nouveaux, et de tenter de rendre clair un sujet auprès d’eux. Faire le lien entre le/la sachant(e) qui intervient, et la salle. Faire briller l’expert(e) aussi, en le/la relançant au bon moment, avec la question qui lui permet d’entrer dans le coeur du sujet. Fréquenter des lieux inédits, comme à Sète, jeudi dernier, où la réunion sur le projet urbain de requalification de l’entrée Est s’est déroulée dans un entrepôt du quai des Moulins, au coeur du futur quartier, entre mer Méditerranée, canal et étang de Thau. Magique. Rappeler, avec des mots simples, que les logements se trouveront à deux pas de la gare (au lieu de « pôle d’échange multimodal »), que les immeubles ne seront pas plus hauts que ceux du centre-ville historique (au lieu de « densité raisonnée »), que le rythme de construction de logements neufs ne dépassera pas les 100 unités par an, soit le rythme actuel sur la commune (au lieu de « 3 000 nouveaux logements en 30 ans »). Qu’il s’agit, aussi, d’un emplacement premium, proche du centre-ville. Et que l’écoquartier, porté par Thau agglo*, respectera l’histoire industrialo-portuaire de cette friche centenaire.

L’adrénaline, bizarrement, est toujours la même. Difficile, quand la pression redescend, de trouver le sommeil. La fatigue n’arrivera que tard dans la nuit. Je vous dis : une forme d’ivresse.

* Communauté d’agglomération du bassin de Thau (Sète-Frontignan), dans l’Hérault.

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