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Coups de gueule, poil à gratter...

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Les voyages forment la jeunesse. Et façonnent des vies. Petite émotion familiale, samedi matin, en lisant le post de mon cousin, publié depuis Londres, sa ville depuis 20 ans, et dont je pense que chaque mot a été pesé. En anglais dans le texte : « 20 years ago today, on the 11th November 1997, I arrived at Victoria coach station at 5am, with one bag and a single ticket to London. First steps in a country I couldn’t speak the language, where I didn’t have any friend or family, no job and nowhere to go… Headed to Bayswater to a crap youth hostel, and so it began… It was supposed to be a 6 months trip to learn English, but here I am still 20 years on…. I guess I’m a slow learner ! » En clair, ce jeune homme originaire du Sud de la France se lassait de sa vie méridionale d’étudiant (plutôt studieux) en économie. Ras-le-bol des bringues, d’une insouciance désabusée, de ce relatif confort matériel, de cet avenir programmé. Il voulait vivre autre chose, quitte à galérer, loin des siens, sans projet pédagogique précis, hors Eurasmus, dans un univers totalement étranger. Le goût du risque.

C’est ainsi qu’il débarqua au petit matin, à Londres, avec quelques sous en poche, sans parler un mot d’anglais. Des mois de petits boulots (« Je nettoie des fours pleins de graisse dans des Burger King de banlieue avec des Pakistanais », se réjouissait-il), de lente insertion, d’apprentissage de la langue en immersion totale, de soirées au pub. Puis, magasinier dans une chaîne d’ameublement. Le boss était un authentique fan de Notthingham Forest, et ruminait la splendeur passée de ce club de foot à longueur de pintes. En Angleterre, la première question que l’on vous pose – filles et garçons confondus – ne porte pas sur votre métier ou votre région d’origine, mais sur l’identité du club de foot que vous soutenez (« Which team do you support ? »).

Après magasinier, vendeur. Puis acheteur international dans un grand groupe. Licenciement économique. À nouveau acheteur international dans un autre grand groupe, job décroché en moins de 15 jours (« Pointer dans un Job center ? Mais pour quoi faire ? Je vais chercher, et je vais trouver ! »). La construction d’une famille. La maîtrise totale de la langue, avec des signes qui ne trompent pas : rêves en anglais, et maniement d’un humour typiquement britannique – « J’étais parti pour 6 mois pour apprendre l’anglais, et 20 ans après je suis encore là. Je suppose que je suis un élève peu doué ! »

Voilà une histoire à la fois tout à fait banale et tout à fait extraordinaire. Elle porte des valeurs qui me sont chères : le courage, la rupture avec la routine, l’abnégation, la résilience, la découverte des autres, l’ascension sans réseau ni rien devoir à personne, le travail, l’ancrage progressif dans un écosystème. Elle renvoie aussi à une étrange sensation, ressentie à chaque période de vacances ou déplacement professionnel : les départs vers l’ailleurs et la seule idée de partir m’électrisent, peut-être davantage encore que la destination ou le séjour en eux-mêmes.

Cette histoire moderne est bien sûr celle d’une migration souhaitée, et non subie. Il ne faut pas, par respect pour eux et pour ne pas paraître carrément naïf pour un journaliste, éluder le sort des réfugiés politiques, économiques et demain climatiques. Eux n’ont pas le choix, quittent tout, risquent leur vie. Ils se dénombrent par millions et marqueront le 21ème siècle, au moins autant que le énième retour sur scène de Johnny ou que le salaire de Brigitte Macron. Mais impossible de conclure ce billet sans revenir à son auteur par procuration. En foot, il supporte les Bleus et pas l’Angleterre, La Paillade et non Arsenal. Bref, vous l’avez compris, un gars fréquentable.

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