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À quoi sert Miss France ?

Coups de gueule, poil à gratter...

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À quoi sert Miss France ?

À faire du fric. Propriété de la société de production Endemol depuis 2002, le show annuel Miss France est facturé à TF1 environ 3 millions d’euros pour les seuls droits de retransmission, indique l’excellent Les Échos week-end du 15 décembre. Chiffre à relativiser, poursuit Les Échos : le coût de fabrication de la soirée est, d’après Endemol, très élevé. « Les décors, les costumes, rien n’est réutilisé, indique la productrice Caroline Gavignet. C’est un gros barnum avec six mois de production en amont. Le jour du prime, plus de 400 personnes travaillent sur place. » Sans droit à l’erreur : l’ex-Miss Sylvie Tellier gère la marque et le business Miss France d’une main de maître depuis bientôt 10 ans.

Samedi soir à l’Arena de Montpellier, devant 8.500 personnes et 10 millions de téléspectateurs, c’est Alicia Aylies, étudiante en droit de 18 ans, qui a été couronnée. Elle est la première Guyanaise à décrocher le Graal, et va incarner en 2017 l’élégance à la française, comme dit la plaquette. Tout en se mettant activement au service de nombreux partenaires financiers : Julien d’Orcel, Peugeot, Corine de Farme, Make Up For Ever, Festina, Croisières de France…
Pour le diffuseur privé, les recettes publicitaires de l’émission glamour, navigant entre modernité et bonnes vieilles traditions, s’élèveraient, d’après mes confrères, à 4,6 millions d’euros. Sans compter les quelque 600.000 euros induits par les votes. J’ai versé mon écot : 8 SMS – 8 euros – envoyés en vain dans la dernière ligne droite pour porter la numéro 6, Aurore Kichenin (Miss Languedoc-Roussillon), au final malheureuse 1re Dauphine, échouant d’un cil à domicile. Rageant. Qui sait, le classement était peut-être établi à l’avance, ou truqué par des hackers russes. On s’en fout : on peut faire un métier très (trop) sérieux et complètement craquer la samedi soir.

On regrettera, sans accuser personne – mais la question ne peut pas ne pas être posée -, l’absence persistante de Beurettes parmi les candidates. « Une miss maghrébine, ce serait presque un aboutissement, déclarait Geneviève de Fontenay, ex-patronne de Miss France, en 2010. J’espère que je la verrai avant de disparaître. Qu’elle soit musulmane, personnellement, cela ne me poserait aucun problème. Je pense que les Français sont prêts. »

Miss France ? Un spectacle ringard et sexiste, qui relègue la femme à l’adage « sois belle et tais-toi », au rang de potiche soumise et décérébrée, taclent les détracteurs – souvent des femmes, d’ailleurs. Les médias entretiennent malgré eux l’image de Miss soi-disant cruches : « Miss machin a un Bac+5, Miss truc suit des études de tourisme »… Dingue, elles savent lire et parler, ces connes, rendez-vous compte !

La réalité est naturellement plus complexe. Imaginez-vous en train de prendre la parole devant des milliers de personnes, de préparer une prestation-marathon complète, de gérer la pression en gardant le sourire, à tout juste 20 ans. Si les Miss de nos belles régions ne vont bien sûr pas changer le monde ou ressusciter les enfants d’Alep, elles font preuve, sous le maquillage, de caractère, d’ambition, de contrôle, d’un goût certain de la compétition et de répondant. Que des gros mots.

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