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La rumeur

Coups de gueule, poil à gratter...

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La rumeur

Des Noirs de Seine-Saint-Denis déplacés par trains entiers vers des villes moyennes et bien blanches de province – Niort, Poitiers, Limoges, Tulle… -, en vertu d’une convention avec le conseil général de ce département francilien. « On les a vus », « On le sait, ils sont là », tremble Mme Michu, shootée au Jean-Pierre Pernaut. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les thèses conspirationnistes fleurissent, avec un bon vieux fond raciste – des musulmans seuls n’auraient pas été foutus de réaliser un attentat aussi sophistiqué. En septembre dernier, une fausse lettre diffusée sur Internet affirme (à tort, faut-il le préciser) qu’un fils de Christiane Taubira, garde des Sceaux, est en prison pour meurtre.
Fondés, bien souvent, sur le mythe de l’étranger envahisseur, les bruits de chiottes n’ont pas attendu les réseaux sociaux pour prospérer. La rumeur d’Orléans, en 1969, est un cas d’école, entre sordide et grotesque. Des cabines d’essayage de plusieurs magasins de lingerie féminine (tenus, comme par hasard, par des Juifs) auraient en fait été des pièges pour les clientes. Celles-ci y auraient été endormies par injections, puis enlevées pour être livrées à un réseau de prostitution. Les clientes disparues auraient été prises en charge… par un sous-marin remontant la Loire. Pas de démenti, ni d’actions en justice : seuls le temps et l’oubli ont mis fin à cette fable abondamment relayée par les médias. En 2003, c’est-à-dire avant Facebook et Twitter, Dominique Baudis, ancien maire de Toulouse, se retrouve dans l’œil d’un cyclone long de 18 mois. On l’accuse d’être responsable de meurtres, et d’avoir violé et torturé en complicité avec le tueur en série Patrice Alègre. Après que l’enquête l’a blanchi, Dominique Baudis prévient, dans son livre ‘Face à la calomnie’ : « Ce qui m’est arrivé peut arriver à n’importe qui, n’importe quand ».
Les journalistes doivent gérer, chaque jour, des flopées d’infos minées : tel puissant viendrait de choper le cancer ou aurait machine comme maîtresse, les actionnaires de telle boîte cherchent à vendre pour se barrer aux Seychelles, le président de telle CCI vise les municipales 2020, telle figure industrielle d’origine étrangère serait en fait un agent secret…
Les racines d’une rumeur sont multiples : un canular, une information déformée ou invraisemblable, une volonté d’imposer des idées en avançant à visage couvert, ou d’éliminer un adversaire, ou encore un relent indépendantiste – Matignon torpille tel projet d’infrastructure pour empêcher le développement économique d’une région… On peut aussi tester la capacité de résistance du journaliste, en lui servant, volontairement, une info totalement bidonnée. Bon, je vous laisse, j’ai une urgence à traiter : il paraît que les Bonnets rouges bretons sont sur le point de prendre Paris avec des engins agricoles.

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2 réponses à La rumeur

  1. Jean-luc Barral dit :

    Tu me fais plaisir dans ces billets puits de derision et de reflexions engagees et militantes. Merci mon ami. Un peu daur frais

  2. Troll dit :

    Tu es sûr que ce ne sont pas plutôt des centaines de milliers de poilus qui ressortent de leurs tranchées pour fondre sur Paris et remettre un peu d’ordre dans ce pays ???

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