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Entre riches

Coups de gueule, poil à gratter...

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Entre riches

Stéphane Hessel n’en revient toujours pas. C’est le peuple suisse, patrie du sommet de Davos, du secret bancaire et des exilés fiscaux, qui s’indigne le premier des revenus extravagants de ses grands patrons, en votant, ce dimanche, pour la fin des parachutes dorés et pour une limitation des plus hautes rémunérations. Un signal pas neutre. Ce référendum provient de l’initiative de Thomas Minder, membre de l’UDC (parti très conservateur) et patron de PME. Bref, rien d’un révolutionnaire gauchiste. Preuve que la résistance n’a ni uniforme, ni couleur politique, et se juge sur les actes.
Les parachutes dorés, c’est la cooptation entre puissants. Tous sortis des mêmes grandes écoles, les boss se nomment les uns les autres dans leurs conseils d’administration respectifs et s’attribuent discrètement des privilèges d’un autre âge*, au lieu de parler emploi, innovation et dialogue social. Pendant ce temps, les caissières travaillent à temps partiel et les ouvriers peinent à boucler les fins de mois.
L’actuel président, qui disait en 2007, entre deux voyages en classe affaires, « ne pas aimer les riches », récupère déjà le bébé suisse. Fera-t-il mieux, en matière de moralisation économique, que son prédécesseur, qui a déclaré en 2009 « vouloir faire du gros argent » ?
On l’aura compris, à travers ces deux sorties (véridiques) de François Hollande et Nicolas Sarkozy, transpire une immaturité française dès qu’il s’agit de business. Trop proche (Sarkozy) ou trop loin (Hollande). L’aggravation de la crise, sur fond de désindustrialisation, pousse pourtant à des réformes pragmatiques et profondes. Les parachutes dorés n’étant que le sommet médiatique de l’iceberg. D’autres sujets s’imposent, comme la fiscalité d’entreprise (incompréhensible), la formation continue (inopérante dans les TPE), les allégements de charges et la politique salariale (obligation pour les actionnaires de reverser une partie des bénéfices aux salariés). Les investisseurs fuiraient le pays ? Double foutaise.
1 / Les riches ne sont pas plus matraqués fiscalement en France qu’ailleurs en Europe. Ils bénéficient même de multiples aides (crédit impôt compétitivité emploi, emplois aidés, crédit impôt recherche) et niches fiscales, et savent en jouer. 2 / La France se place dans les premières positions mondiales des pays d’accueil des investissements étrangers.
Bref : de quoi a-t-on peur ?

* Quelques exemples historiques : Daniel Bernard (Carrefour, 38 millions d’euros en 2005), Noël Forgeard (EADS, 8,5 millions d’euros en 2006), Antoine Zacharias (Vinci, 13 millions d’euros en 2007)…

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