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Du sang sur les glissières

Coups de gueule, poil à gratter...

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Du sang sur les glissières

Tous les trois jours en France, en silence, les accidents de la route font autant de morts que la tuerie américaine de Newtown. Je ne compte pas les handicapés à vie, les polytraumatisés et les miraculés, qui ont vu mourir les leurs et en cauchemarderont encore en 2040. Voilà qui est au moins aussi grave que l’exil fiscal de notre Depardieu plus national. Les routes du Sud ont livré un bilan sanglant la semaine dernière. Jeudi 13 décembre au matin, dans le Vaucluse, trois jeunes de 18 à 20 ans, se tuent dans une tragique manœuvre de dépassement. Tous élèves d’une même classe, ils se rendaient au lycée agricole d’Orange. Le mercredi 12 au soir, une voiture folle, circulant à contre sens sur l’autoroute A75 dans l’Hérault, percute un véhicule. Bilan : la maman enceinte, qui conduisait dans le bons sens, perd son fœtus de quatre mois et sa fillette de sept ans. Le fautif, qui s’en sort indemne, avait bu, un peu (0,6 g par litre de sang), et pris des médicaments, beaucoup (somnifères et Subutex).
Cette liste mortuaire pourrait être réactualisée chaque lundi, et là est le vrai scandale. La sécurité routière doit passer la seconde. Place aux campagnes choc, à l’anglaise. Création d’une matière « prévention routière » au lycée. Témoignages à répétition, de familles de victimes et d’handicapés, dans les établissements scolaires, les administrations, les entreprises, auprès des professionnels de la route. Cour d’assises pour les conducteurs drogués et les fous de la vitesse impliqués dans des accidents mortels. Utilisation des logiciels de géolocalisation pour calculer la vitesse des véhicules, avec envoi de PV automatiques en cas de dépassement. Vraie chasse aux chauffards, avec possibilité de délation. Impossibilité technique de démarrer sa titine sans souffler dans un éthylotest de nouvelle génération. Installation de brouilleurs pour rendre impossible l’utilisation du téléphone portable au volant,…
Pour booster l’innovation, on a pondu des pôles de compétitivité sur à peu près tout : des maladies aux noms imprononçables, des aliments improbables, des énergies renouvelables qui pèsent peanuts. Curieusement, rien sur la prévention routière, laquelle reste dans le seul giron de l’Etat. Trois fois dommage, à l’heure où les scientifiques envoient des sondes sur Mars et découvrent le boson de Higgs. A notre niveau de journalistes mortels, transférons les drames routiers des Faits Divers vers la rubrique Société. Et, au lieu de relayer bêtement la communication institutionnelle (le nombre de morts en moins, chaque mois, par rapport à la même période l’année précédente), diffusons la liste des victimes, avec leur photo, leur âge, l’âge de leurs enfants ou conjoints et les circonstances précises de l’accident. Joyeux Noël !

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4 réponses à Du sang sur les glissières

  1. MIMI dit :

    9a sent la fin du monde, comme humeur du lundi, Hub!;)

  2. Troll dit :

    Bravo ! Je ne saurais proposer mieux (excellentes réflexions dans le dernier paragraphe) ! Même si bien souvent certaines de ces mesures m’empêcheraient de prendre la route quand j’en ai envie… Mais après tout, dans notre pays, l’intérêt général prime sur le particulier, il n’y a donc pas lieu de s’y opposer.
    En revanche, le manque de courage politique (comme d’hab’) et les vues à court terme (comme d’hab’) ne permettent pas à nos dirigeants de franchir le pas et d’investir dans cette politique technologique repressive et dans une communication institutionnelle plus brutale, plus tranchée et tranchante. Les radars restent bien plus rentables, dans l’immédiat, surtout par temps de crise et de recherche effrénée de résorption des déficits publics.
    Pourtant, les radars comme les guignols qui surveillent nos autoroutes semblent bien impuissants face aux individus comme celui de l’A75. Cf. ce commentaire d’une automobiliste qui l’a croisé mercredi soir:

    « courone12

    le 13/12/2012, 23h50

    bonsoir ,moi je les croisais ce grand malade au pas de l’escalette avec mon mari il était environ 21h50 nous avons immédiatement appelle les secours pour les prévenir que nous venions d’éviter une voiture qui roulé a contre sens mais le drame c quand produit je l’ai évite de justesse j’ai eu la peur de ma vie j’étais avec mon mari et mes 2 enfants de 7 ans et 9 ans et j’espere que la police ne vas pas le lâcher comme sa . »

    21h50 les gendarmes sont prévenus, l’accident survient entre 22h15 et 22h40 (en fonction des articles de Midi Libre…). Quelle réactivité, chapeau ! Je suggère aussi la cour d’Assises pour les médiocres représentants des forces de « l’ordre ».

    Le meilleur est à venir, cf.

    http://www.midilibre.fr/2012/12/14/apres-le-drame-de-l-a75-la-signalisation-de-l-autoroute-decortiquee,611608.php

    la préfecture de l’Hérault s’interroge sur les éventuelles « vulnérabilités structurelles » de l’A75 susceptibles d’induire les conducteurs en erreur et de provoquer des circulations à contresens !
    Communication institutionnelle ahurissante, ces personnes n’ont décidément pas peur du ridicule…
    Non, n’attendons rien d’autres de ces clowns que de continuer à gaver les caisses des sociétés d’autoroute et à se gargariser des succès relatifs de la prévention routière, tout en se mettant en quatre pour favoriser l’emploi dans le secteur automobile, qui fabrique des moteurs toujours aussi puissants qu’inutiles, et dans celui du transport routier, qui tue presque chaque semaine sur les routes de France.

    Comme tu l’écrivais, peut-être que le salut commencera par venir de quelques journalistes un peu courageux. En tout cas, ce n’est pas Midi Libre qui montre la voie à suivre…

  3. Troll dit :

    Et j’en oubliais bien évidemment le fameux « Joyeux Noël », de rigueur en ces circonstances…

  4. marie-hélène dit :

    Merci pour ce texte énergique et utile, mon cher Hubert. Tu ne peux pas le diffuser largement ? Les morts sur les routes m’ont toujours paru un scandale inadmissible, que nous admettons sans mal, satisfaits en effet qu’il y en ait moins qu’avant… Un peu comme une sorte de tribut dû à la modernité, à la voiture, comme à un dieu monstrueux dont on accepte les exigences, genre Moloch, Baal, ou le Minotaure, en le remerciant encore de ne pas demander plus…
    Les solutions que tu suggères sont variées et intéressantes, mais il me semble en effet que les journalistes ont un rôle primordial à jouer : tu comprends pourquoi on nous abreuve de choses débiles (du genre Depardieu, en effet), au lieu de poser les vrais problèmes ? C’est le public qui le demande ???

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