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Droit à la déconnexion sociale

Coups de gueule, poil à gratter...

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Droit à la déconnexion sociale

Poison mortel que l’entre-soi. Alors que je traînais mes guêtres, l’autre soir, à un networking de bord de mer, je pensais profiter de l’air frais et, folie douce, griller ma cigarette mensuelle en fixant l’horizon marin, avec à bâbord la cathédrale de Maguelone, dressée entre vignes, mer, pins et sable. Le scénario fut tout autre. Pas un pas sans un « On se suit sur LinkedIn » (ah bon ?), « Sur Facebook, on voit que vous adorez le foot » (je ne peux rien vous cacher), « Vous tenez un rythme de métronome avec le billet du lundi, bravo ! » (merci, six ans déjà). Ou comment devenir populaire depuis son canapé. Un peu baroque, car je ne connaissais pas ou peu la plupart de mes interlocuteurs, fort intéressants et affables au demeurant – conseils en communication, biotech en quête de levées de fonds, acteurs de l’écosystème numérique, expert-comptable, chambres consulaires… Un peu fermé, aussi, me disais-je au retour, complètement à jeun.

Qu’on se le lise : je cultive une aversion innée, mais croissante, pour les clôtures, les murs mitoyens, les feux rouges et les microcosmes autocentrés. Du triptyque républicain, « Liberté » emporte, et de loin, ma préférence. Par son souffle créatif, ses horizons ouverts, son joyeux bordel. Cela doit venir de ces saisons de foot où j’étais l’un des seuls Gaulois dans l’équipe. Ou de ces jeunes années – celles qui forgent – passées au milieu des Gitans et des Arabes, dans le quartier de l’Aiguelongue à Montpellier, dans une école lovée entre des HLM et un foyer d’accueil d’orphelins. Que des poètes.

Dès 1999-2001, l’école de journalisme parisienne, que j’ai eu la chance de fréquenter, a renforcé ces valeurs, en creux. Au lendemain de la victoire de la France à la coupe du Monde, sacre labellisé Black-Blanc-Beur par l’establishment, je n’ai pas vu un seul Black, ni un seul Beur, dans l’antre suprême d’une profession censée pourtant parler de tous, à tous. Que des Blancs – certains brillants, là n’est pas la question -, pensant tous pareils, votant tous pareils, encore aujourd’hui, je suppose. J’ai suivi les cours et validé mon diplôme, car j’avais cravaché pour intégrer ce cursus d’excellence, mais sur la forme, je ne m’y retrouvais pas. Trop consanguin.

Il paraît que les médecins chefs de services ne s’invitent, le week-end, qu’entre médecins chefs de services. Les non-chefs restent entre eux. Je ne parviens pas à comprendre cette logique, au sens étymologique de « comprendre » (prendre avec soi). Le matin, au boulot, je dis bonjour à tout le monde, qu’il s’agisse de la secrétaire au téléphone, du mec qui se coltine l’entretien, du stagiaire, de mes gars, des autres services ou du patron. Personne n’est au-dessus de l’autre, et je le dis sans posture – c’est ce que je ressens.

« Il faut évoluer, grandir, être dur, moins vivre dans le passé, la nostalgie n’amène rien de bon », rétorqueront certains. Mais je suis fier de ce passé, il m’a construit et façonne encore mon avenir. On reconnaît quelqu’un à ses amis, dit-on. Les miens n’ont rien à voir entre eux, ne se connaissent d’ailleurs pas les uns les autres, collectionnent tout plein de défauts et sont des esprits libres.

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3 réponses à Droit à la déconnexion sociale

  1. Marie claude Guerin Billey dit :

    comme j’aime……………

  2. pradelles dit :

    Merci

  3. Frédéric dit :

    Merci Hubert ….c’est en vivant la mixité et non l’endogamie que nos richesses se créent .
    Une belle philosophie de vie .

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