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Crise de croissance

Coups de gueule, poil à gratter...

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Crise de croissance

Chaque année, les quatre départements littoraux du Languedoc-Roussillon (Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales) attirent environ 30 000 habitants supplémentaires. D’ici à 2030, quelque 400 000 néo-sudistes poseront leurs valises entre Lunel et Sète.
La course à la taille critique est présentée comme vitale : Montpellier sera métropole, ou ne sera pas. Il faut pouvoir matcher contre Marseille, Lyon ou Toulouse.
Cette vision des choses est discutable. On voit déjà les effets pervers d’une croissance trop violente, presque subie : délinquance en hausse, embouteillages, perte d’authenticité, quartiers dortoirs. Les centres-villes aux ruelles étroites et séculaires n’ont pas été conçus pour accueillir autant de monde. N’oublions pas le « chômage du conjoint » : docile, Madame suit son mari, promu au soleil. Les enfants seront bien, là-bas. Mais la maman déchante vite, se heurtant à des salaires de misère et à la cloison de verre du localisme.
En première couronne, les promoteurs construisent. Sans forcément y croire. Hors discours commercial, beaucoup glissent que ces résidences défiscalisées (ou plus denses, maintenant que les droits à construire sont relevés de 30 %) et lotissements damiers vieilliront mal.
Cette économie résidentielle, basée sur les seuls services, BTP, tourisme, emplois publics et supermarchés, ne crée pas de valeur ajoutée. Aux terrasses des cafés, les lecteurs du Monde ou de Libé se comptent sur les doigts d’une main. Et quand on sort le soir, excepté quelques cafés ghettos, on se sent vieux passé la trentaine.
Sur le papier, il y a tout pour attirer les cerveaux : le soleil, la mer, les facs, les beautés romaines et médiévales, une vie culturelle. Et pourtant, le dernier gros coup fut la venue de Dell, il y a 20 ans. La région n’a pas d’identité économique forte, comme Toulouse avec l’aéronautique ou Lyon avec la pétrochimie. Dans le domaine universitaire, le dossier régional a échoué à l’appel à projets Idex (Initiatives d’Excellence), se privant stupidement d’une manne de près d’1 Md€.
Alors, grossir, mais dans quel but ? Evidemment, chacun circule librement. Pour autant, l’avenir d’un territoire est-il dans des champs de HLM, de maisons de retraite et de centres commerciaux ? Les faits sont là : taux de chômage record (13 %), PIB/habitant le plus faible de France et salaires moyens inférieurs de 15 % à la moyenne nationale. Georges Frêche répétait souvent : « J’ai bâti Montpellier avec des parisiens venus habiter ici ». Demain, quel meneur aura le même allant pour ne pas les faire fuir ?

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