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Ceux qu’on laisse

Coups de gueule, poil à gratter...

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Ceux qu’on laisse

… nous rendent libres. La force d’inertie, cette mauvaise conseillère, nous amène souvent à grenouiller dans les mêmes cercles, invariablement. Regardez dans votre rétro : ça vous est probablement arrivé. Vous êtes peut-être en plein dedans, consciemment ou non. On se dit benoîtement que la fidélité rime avec vertu (ben non), et on ne bouge pas, otage de ses habitudes. Les dimanches à la con ont du bon : pas de remise en question, instinct grégaire, ragots oisifs en boucle, ronronnement des réacteurs quotidiens, apparence du fleuve calme, je t’ai apporté des fleurs. Un espèce de confort faible, d’amitiés à moitié, d’affinités frauduleuses.

Dans ce bal des faux-cul, le plus pervers se sert du plus faible, en s’engouffrant dans ses brèches lisibles. Il assouvira son besoin d’écraser et d’anesthésier ses complexes compliqués. Le calculateur abuse du crédule, par cupidité parfois, par jeu souvent. Des dominants se dessinent. Ils sont faciles à repérer : ils parlent plus fort, ont une plus belle femme ou gagnent plus de talbins. Parfois, comble du vulgaire triomphant, c’est les trois à la fois. Un implicite règlement intérieur, ourlé de non-dits, régente le clan. Tout nouvel arrivant est perçu comme un intrus, susceptible de désordonner le toxique cosmos. Il passera un examen de passage impitoyable et pitoyable, autour d’un « apéro ». Parano, le journaliste du lundi ? Le micro aux philosophes : « l’homme est un loup pour l’homme », disait Plaute, repris par Rabelais, Montaigne puis Francis Bacon, et théorisé par Hobbes. « L’enfer c’est les autres », renchérit Sartre.

Mais tout n’est pas foutu. Pour rester en mode citation : « Connais toi toi-même ». Dans ces quatre mots antiques, à afficher dans toutes les toilettes du monde, se love la clé céleste. On ne peut en effet devenir soi-même que si l’on sait d’abord qui l’on est, et ce à quoi on aspire. C’est le premier étage de la fusée qui vous mettra en orbite. Pour y parvenir, une méthode en creux : définir tout ce qu’on n’admet pas (ou plus) des autres. On se hisse alors, calmement mais fermement, hors d’atteinte des parasites. Les conditions sont réunies pour faire le tri et susciter de nouvelles rencontres, lumineuses et bienveillantes. Qu’elles soient amicales, amoureuses ou professionnelles. Une fois à bord, regardez par le hublot : vous verrez, restés au sol, ceux que vous avez laissés. Vus d’en haut, ils font tout petits.

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Une réponse à Ceux qu’on laisse

  1. francois dit :

    Je me retrouve un peu dans ce billet…partir au bout du monde et changer sa façon de vivre, de penser, ses habitudes…même si je continue à lire le billet du lundi…qui arrive jusqu’en Polynésie. Il y aurait beaucoup à dire aussi ici mais je ne suis pas journaliste ! Partir en prenant de la hauteur est un vrai défi à relever mais une aventure passionnante.

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